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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Cinéma

Mise à jour le vendredi 17 août 2007 à 15 h 20
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Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Critique

Contre toute espérance

cote du film : 3.5

Une critique de Michel Coulombe

L'univers du cinéaste Bernard Émond est certainement l'un des plus sombres du cinéma québécois. Dans La femme qui boit, une femme à la dérive paie le prix de ses excès.

Le personnage central de 20 h 17 rue Darling, un homme brisé ne doit sa survie qu'au hasard. Dans La neuvaine, une femme désespérée croise la route d'un jeune homme qui fait face à la mort de la seule personne qu'il aime.

Sans nul doute, Contre toute espérance se situe dans la continuité des oeuvres qui l'ont précédé. Loin de chercher à plaire, le cinéaste dit même de ce film qu'il est son plus sombre. Il dit vrai.

Contre toute espérance est le deuxième volet d'une trilogie sur la foi, l'espérance et la charité. De la même façon que La neuvaine présentait la perte de la foi, le cinéaste ne laisse cette fois aucune raison d'espérer à ses personnages. Toutefois, il ne s'en tient pas à la négation. Il évoque aussi la solidarité et la droiture. La résistance et la révolte.

Guy Jodoin et Guylaine Tremblay dans Contre toute espérance, de Bernard Émond

Guy Jodoin et Guylaine Tremblay

L'histoire de ce film tient en quelques mots. On y observe, impuissant, l'effondrement d'un bonheur paisible. Un couple devient propriétaire d'une maison synonyme de bonheur. Et pourtant, le malheur s'acharne sur eux. Or, il ne vient jamais seul... En fait, le réalisateur et scénariste met en scène une tragédie sous forme d'énigme policière. Que s'est-il passé? Pourquoi cette femme qui ne dit plus un mot est-elle couverte de sang? Qu'a-t-elle donc fait? La vérité émerge peu à peu tandis que le récit entremêle passé et présent. Les faits et l'enquête.

Ironiquement, l'interrogatoire est mené par l'acteur René-Daniel Dubois, qui est aussi l'auteur de Being at home with Claude, une pièce portée à l'écran par Jean Beaudin. Un policier tentait d'y arracher des aveux à un jeune homme visiblement responsable d'un meurtre. La parenté avec Contre toute espérance saute aux yeux.

Les principaux rôles de ce film sont tenus par des acteurs habituellement très expressifs. Le cinéaste a exigé d'eux un jeu minimaliste. Cela les sert bien. Guylaine Tremblay se révèle bouleversante en femme forte. Pur modèle de résilience. Guy Jodoin, très juste, interprète un homme dévasté par un accident vasculaire cérébral, de plus en plus replié sur lui-même.

Tout comme La neuvaine, Contre toute espérance est un film austère. Dépouillé. Musique discrète de Robert M. Lepage. Économie de dialogues et d'explications. Direction de la photographie inspirée de Jean-Claude Labrecque qui limite au minimum les mouvements de caméra et privilégie les plans frontaux. Une retenue qui donne du poids aux émotions.

Dans le monde dépeint par Bernard Émond, il y a des victimes et des bourreaux. Des proies et des prédateurs, comme le rappellent les images de chasse. La richesse indécente des uns se nourrit du malheur des autres. Tous n'achèteront pas ce portrait en noir et blanc de la réalité. Par contre, tous seront sensibles à l'appel au secours que fait entendre le film. Qui sait? Si l'espérance n'y est plus, peut-être retrouvera-t-on la foi...

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