Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Cinéma

Mise à jour le jeudi 13 avril 2006 à 6 h 59
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Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Québec - Nouveauté

Un dimanche à Kigali, voyage au bout de l'enfer

Une critique de Michel Coulombe

cote du film : 3.5
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Le film québécois Un dimanche à Kigali est projeté depuis mercredi dans certains cinémas de la province et d'autres salles doivent s'ajouter vendredi. La critique de Michel Coulombe.

kigali

Le génocide rwandais. Sans conteste, une des grandes tragédies du siècle dernier.

Une douzaine d'années plus tard, c'est-à-dire peu de temps après, le cinéma s'y intéresse de plus en plus. Après Hotel Rwanda, où l'employé d'un hôtel tentait courageusement de sauver des vies, un film québécois reprend le sujet.

Dans le même hôtel, celui des Mille Collines. Aux côtés d'un journaliste québécois qui mesure cruellement l'ampleur de son impuissance face à l'ignominie. Bientôt, l'un des personnages secondaires d'Un dimanche à Kigali occupera à son tour l'avant-plan. Roger Spottiswoode consacre en effet un film au général Dallaire. Tant mieux. Il y a des horreurs qu'il vaut mieux ne jamais oublier.

Robert Favreau (Les muses orphelines) s'est véritablement approprié le roman de Gil Courtemanche, Un dimanche à la piscine de Kigali. L'esprit est le même, l'histoire aussi. Mais on ne saurait trop distinguer ce qui relève d'un certain dimanche à Kigali dans ce film.

Voyage au coeur de l'horreur

Il faut dire que Favreau a déconstruit le récit, misant sur de constants allers-retours dans le temps pour faire voir et comprendre le génocide. Son personnage principal, Bernard Valcourt, revient, dévasté, sur les lieux de la tragédie et le spectateur découvre avec lui la détresse de la population. Loin de chercher à atténuer l'horreur, le cinéaste va plus loin encore dans le désespoir. Son film n'a rien de rassurant.

Les deux principaux interprètes, Luc Picard et Fatou N'Diaye, comptent pour beaucoup dans la réussite d'Un dimanche à Kigali. Plus que tout autre acteur québécois, Picard, regard triste, sourire maladroit, incarne la compassion.

Deux bons acteurs

Si les atermoiements de son personnage soulèvent parfois des questions, peut-être parce que le spectateur connaît, lui, l'issue de ces événements, sa douleur est palpable. Lorsqu'il élève la voix, emporté, on croirait retrouver Michel Chartrand. Quant à Fatou N'Diaye, racée, splendide, elle confère à Gentille, représentation tragique de la victime, une grande dignité morale.

Un sujet fort, une solide distribution, une photographie impeccable de Pierre Mignot qui facilite la lecture de la structure temporelle, ce film vise droit au coeur. Quant au récit, c'est terrible à dire, il trouve toute sa force dans l'horreur, mieux orchestré dans le grave que dans l'expectative. Comment échapper au miroir terrible qu'il nous renvoie...

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Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.