Le régime québécois d'assurance médicaments mûr pour un changement, croient des chercheurs

Une pharmacienne compte des comprimés. Photo : Radio-Canada

L'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) célèbre les 20 ans du régime public-privé d'assurance médicaments du Québec en réclamant qu'on y apporte des changements profonds. Selon l'étude rendue publique par ce groupe de réflexion de gauche, le gouvernement économiserait 3,8 milliards de dollars par année en mettant en place un régime public universel qui lui permettrait, entre autres, de mieux négocier le prix des médicaments et d'en limiter le gaspillage.

Un texte de Marie-Claude Morin

Le Québec est parmi les plus dépensiers en matière de médicaments, juste derrière les États-Unis. Les dépenses en produits pharmaceutiques ont totalisé 1087 $ par habitant au Québec en 2014, comparativement à 912 $ dans le reste du Canada.

Dans l'ensemble des pays de l'OCDE, la médiane des dépenses est de 603 $. C'est 45 % moins cher qu'au Québec, un écart que l'étude attribue aux différences de prix et aux choix thérapeutiques, plutôt qu'aux volumes d’ordonnances.

« Les gens ne réalisent pas à quel point on est dans un système qui conduit à un certain gaspillage institutionnalisé », dit Marc-André Gagnon, professeur en administration publique à l'Université Carleton, à Ottawa.

Les coûts de délivrance, c'est-à-dire la part de la facture qui revient aux pharmaciens, seraient beaucoup plus élevés au Québec qu'ailleurs. Dans le cas d'un médicament générique contre le cholestérol, par exemple, ces coûts sont cinq fois plus élevés au Québec que dans les autres provinces canadiennes.

Deux raisons expliquent cette différence, dit Marc-André Gagnon : « D'abord, le renouvellement mensuel des prescriptions, qui multiplie les honoraires professionnels. Ensuite, on a des honoraires professionnels qui sont simplement abusifs. »

Malgré le coût du système, 8,8 % des adultes québécois n'ont pas fait remplir une ordonnance pour des raisons financières en 2016. C'est mieux que dans le reste du Canada, où 10,7 % des gens ont vécu cette situation. Sauf que dans l'ensemble des pays développés, cette proportion est de 4,4 %.

Le professeur Marc-André Gagnon (au micro, au centre) estime que le régime actuel d'assurance médicaments équivaut à du gaspillage institutionnalisé. Photo : Radio-Canada

Inéquitable au public comme au privé

Les auteurs soulignent aussi plusieurs problèmes d'équité dans le système actuel, tant du côté public que privé.

Dans le régime public, la prime maximale est rapidement atteinte. Un couple gagnant au total 39 880 $ doit débourser 1334 $, soit plus de 3 % de ses revenus. Cette même prime ne représentera que 1,6 % des revenus d'un couple touchant 80 000 $, et moins de 0,8 % pour un autre gagnant plus de 180 000 $.

Dans les régimes privés, les primes sont plus élevées dans les secteurs d'activité où les réclamations sont plus fréquentes. Mais les salaires sont souvent moins élevés dans ces secteurs, ce qui alourdit le poids des primes pour les assurés. Des employés à temps partiel doivent aussi payer les mêmes primes que ceux à temps plein, sans ajustement en fonction de leur revenu.

Pour l'urgentologue Alain Vadeboncoeur, qui a collaboré à l'étude de l'IRIS, il faut revenir à l'intention initiale d'il y a 20 ans et voir comment on pourrait offrir un système équitable et efficace pour tous. « Le régime qui a été mis en place est un compromis face aux assureurs et aux pharmacies », dit-il.

Même si ces pressions demeurent, il faudrait que le Québec ait une réflexion en profondeur sur son régime, juge Dr Vadeboncoeur. « C'est une réflexion qui a cours ailleurs au Canada, souligne-t-il. Mais au Québec, il y a par rapport à ce sujet une certaine frilosité, qui ne s'explique pas très bien parce qu'on ne performe pas et on pourrait faire beaucoup mieux. »

Le directeur général du Regroupement provincial des comités des usagers du réseau de la santé, Pierre Blain, est aussi favorable à un changement de régime. « Parfois, avec des assurances même minimales, ça fait en sorte que certaines personnes se privent d'accès aux médicaments. Donc, en améliorant et en ayant une base plus large, peut-être qu'il y aurait une meilleure équité pour tout le monde », suggère-t-il.

En entrevue, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a dit qu'il n'entendait pas changer le régime public-privé d'assurance médicaments à court terme. Il n'a toutefois pas fermé complètement la porte. « C'est une idée qui peut être intéressante, reconnaît-il. Je ne vous dis pas que c'est quelque chose que je favorise, mais c'est une idée dont la population pourrait débattre. »