Un nouveau (et intéressant) plan stratégique à Hockey Québec

Jeunes joueurs sur la glace lors du Tournoi de hockey mineur à Baie-Comeau   Photo : Denis Nadeau

BILLET - S'il faut en croire le nouveau plan stratégique de Hockey Québec, la pratique de notre sport national changera considérablement au cours des prochaines années. Et pour le mieux!

Le nouveau plan d’action de Hockey Québec, qui couvre la période 2017-2022, tient compte de la très forte popularité du hockey scolaire.

« Cet engouement pour le hockey scolaire est un phénomène unique au Canada », selon le directeur général de la fédération, Paul Ménard.

Par ailleurs, HQ entend dépoussiérer ses programmes actuels afin de mieux les adapter à la réalité des familles d’aujourd’hui.

À titre d’exemple, le plan stratégique vise à mettre fin à une situation que dénonçaient depuis des décennies les parents de jeunes hockeyeurs, à savoir que la saison de hockey débutait beaucoup trop tôt (alors que les enfants n’avaient pas terminé leurs activités sportives estivales) et se terminait aussi beaucoup trop rapidement, bien avant que la pratique extérieure des sports estivaux soit possible.

Le plan présenté cette fin de semaine au conseil d’administration de HQ prévoit donc la modification de la séquence des activités d’une saison de hockey :

  • les camps de sélection des équipes de premier et deuxième niveaux auront dorénavant lieu après la tenue de la Coupe Dodge (en avril), ce qui permettra aux entraîneurs de déterminer environ 80 % de leurs effectifs en vue de la saison suivante;
  • la très grande majorité des camps d’entraînement automnaux débuteront après la fête du Travail afin de ne pas entraver la rentrée scolaire et pour permettre aux enfants de conclure leur saison de baseball, de soccer ou de crosse;
  • une période de relâche obligatoire d’une semaine sera décrétée en cours de saison;
  • la date de fin de saison de toutes les divisions et classes sera revue.

Innovatrice, Hockey Québec a aussi l’intention de proposer des modèles de hockey différents aux enfants qui participent au volet récréatif, notamment en mettant sur pied des ligues de hockey 3 contre 3 et 4 contre 4 dont les matchs seraient disputés sur des surfaces restreintes (tiers ou demie-glace).

Pour faciliter la vie des familles, Paul Ménard souhaite même que soient mises sur pied des ligues qui offriraient des horaires fixes. En étant assurés de voir leurs enfants disputer leurs matchs le même jour chaque semaine et sensiblement aux mêmes heures, les parents auraient plus de facilité à s’organiser.

Toutes ces initiatives visent à corriger un constat criant de vérité apparaissant dans le document : « Le modèle actuel d’organisation de hockey n’évolue guère et il est très semblable, peu importe le niveau de jeu des jeunes joueurs. »

« Il y a très peu de différences entre le hockey récréatif, compétitif et élite. À part la fréquence d’entraînement, les saisons sont très semblables, que cela soit au niveau AAA ou au niveau B : camp de sélection, ligues, tournois et séries finales. Tout comme la pression de performance qui est aussi omniprésente, peu importe le niveau de jeu », constate le rapport.

***

On célébrera en 2019 le centième anniversaire de la création de la Quebec Hockey Amateur Association, le premier organisme ayant reçu le mandat d’organiser et de régir le hockey québécois. Un siècle plus tard, Hockey Québec voit son nombre d’abonnements stagner. On commence même à noter de légères baisses d’inscriptions chez les plus jeunes.

Malgré plusieurs initiatives qualifiées de « spectaculaires », HQ ne parvient pas non plus à attirer davantage de jeunes filles vers la pratique du hockey. Le Québec accuse un sérieux retard sur le reste du Canada en matière de recrutement des filles.

Le plan stratégique de HQ est donc centré sur le plaisir que doivent ressentir les enfants qui pratiquent le hockey ainsi que sur l’apprentissage. Parce que, c’est bien connu, le plaisir dans le sport naît de la satisfaction de progrès qu’en retire l’athlète. « Quand ces deux éléments sont présents, le jeune demeure actif dans son sport [...] Le plaisir est la clé essentielle, tel que souligné dans le sondage réalisé par Hockey Canada », peut-on lire dans le document.

Pour remettre ces valeurs à l’avant-plan, une politique provinciale sur l’utilisation et sur la polyvalence des joueurs (un temps de jeu réparti équitablement et l’utilisation des joueurs à toutes les positions) sera notamment mise de l’avant.

Hockey Québec entend aussi favoriser des partenariats multisports avec d’autres fédérations (ski, patinage de vitesse, athlétisme, crosse, etc.) afin d’élargir les horizons sportifs et pour mieux développer les qualités athlétiques des enfants d’âge novice, atome et pee-wee (de 7 à 12 ans).

On pourra parler des programmes de développement élite tant qu’on le voudra. En fin de compte, l’élite émerge du sport de masse. Et si la masse pratique le hockey dans des conditions optimales, le nombre de joueurs d’élite qui en ressortiront n’en sera que plus grand.

***

Reconnue depuis très longtemps pour la rigidité de sa réglementation, Hockey Québec entend dorénavant se montrer plus souple dans sa façon d’appliquer ses programmes et de servir sa clientèle.

« Récemment, le président d’une région me racontait qu’une équipe midget avait été rayée de la carte en début de saison parce que seulement 12 joueurs s’étaient inscrits. Voilà 12 jeunes qui ne pratiqueront pas le hockey cette saison alors qu’on aurait pu leur organiser du hockey 3 contre 3, ce qui aurait probablement attiré d’autres joueurs du même âge et qui aurait pu permettre, en bout de ligne, de leur faire vivre une belle saison et même de les inscrire à un ou deux tournois.

« Nous devons nous montrer plus souples et innover davantage », explique Paul Ménard, qui entame sa deuxième saison à titre de DG de Hockey Québec.

Récemment, dans la région du Lac-Saint-Louis, deux petites filles d’âge novice qui tenaient à jouer avec d’autres petites filles (alors qu’aucun programme novice féminin n’était disponible) ont été redirigées vers le hockey masculin parce que la réglementation, trop rigide, ne permettait pas qu’elles soient promues dans la division atome. Dans la même veine, le DG de la fédération a promis d’y voir.

D’ailleurs, à compter de la saison prochaine, les meilleures hockeyeuses québécoises pourront s’épanouir dans une ligue élite en tous points semblable (la Ligue élite du Québec) à celle où évoluent les garçons d’âge pee-wee, bantam et midget. HQ veut rehausser de 20% le nombre de jeunes hockeyeuses au Québec d’ici 2022.

***

Jusqu’à présent, la plus grande réussite de Paul Ménard consiste à avoir reconnu la popularité grandissante du hockey scolaire au Québec. Dans un passé récent, les bons hockeyeurs qui souhaitaient porter les couleurs de leur école se faisaient mettre toutes sortes de bâtons dans les roues par la fédération, qui privilégiait son réseau civil.

Ménard a notamment conclu le printemps dernier une entente de reconnaissance avec les dirigeants de la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS), dont les écoles réclamaient le droit de mettre sur pied des programmes de qualité basés sur d’autres valeurs.

Il s’agit d’un grand progrès. Cette saison, on voit des divisions scolaires apparaître dans les tournois de hockey de la province, et même au prestigieux tournoi pee-wee de Québec. Et désormais, les meilleurs joueurs du réseau scolaire sont susceptibles d’être sélectionnés pour faire partie d’Équipe Québec. Dans certaines régions, on voit même apparaître des calendriers « hybrides » qui permettent à des équipes scolaires et civiles de s’affronter au cours de la saison.

« La collaboration avec Hockey Québec et Paul Ménard est excellente. Tout le monde est de bonne foi. Si des problèmes surgissent, tout le monde y met du sien pour que ça fonctionne », souligne le président de la LHPS, Mathieu Darche.

Quand même, cette montée en flèche du hockey scolaire chambarde complètement les façons de faire de la fédération.

« L’attrait pour le hockey scolaire prend de l’ampleur et ne semble pas s’estomper. À partir de l’âge de 12 ans, le joueur a maintenant plusieurs options devant lui », lit-on dans le plan stratégique de HQ.

Cette importante mutation et la dispersion des joueurs qui en découle soulèvent des difficultés administratives importantes. Pour y faire face, HQ tente notamment de changer et d’alléger sa façon de classifier les équipes dans chaque région.

Avec ses quelque 100 000 membres, Hockey Québec est un immense navire. Compte tenu de la taille de la fédération et de l’immense territoire qu’elle dessert, ses virages sont généralement assez longs à accomplir.

N’empêche. Il faut saluer les efforts d’innovation qui sont actuellement déployés au sein de HQ. Plusieurs des mesures avancées dans son plan stratégique auront un effet concret sur la qualité de l’expérience sportive que vivront les enfants et les familles. Le hockey québécois n’en sera que meilleur.