Guérir la grippe, une bonne fois pour toutes

Une représentation du virus de la grippe Photo : iStock

Chaque automne, des millions de Canadiens retroussent leurs manches pour recevoir le vaccin annuel contre la grippe. Et si on pouvait se prémunir contre elle une bonne fois pour toutes? Des chercheurs travaillent à la création d'un vaccin « universel » contre l'influenza. Un premier essai clinique a montré des résultats prometteurs.

Un texte de Gaëlle Lussiaà-Berdou, de Découverte

Même si la grippe tue environ 3500 Canadiens chaque année, ce qui en fait la huitième cause de mortalité, les autorités de santé publique peinent à convaincre la population de recevoir l’injection. Le vaccin, en plus de devoir être répété chaque année, est peu efficace. Bon an mal an, il prévient en moyenne 40 % des infections. Certaines années, son efficacité chute jusqu’à zéro.

C’est que ce vaccin contre la grippe saisonnière est reformulé chaque année en fonction des souches de la grippe en circulation. Or, le processus prend plusieurs mois. Quand un nouveau vaccin est prêt, le virus, qui change régulièrement d’aspect grâce à des mutations génétiques fréquentes, est parfois déjà bien différent des formes contenues dans ledit vaccin. Résultat : l’immunisation rate souvent sa cible.

Pour Gary Kobinger, directeur du centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval, ce faible taux de réussite donne une mauvaise réputation au vaccin. C’est particulièrement problématique chez les personnes les plus à risques de complications, comme les personnes âgées.

« Dans la population âgée de 65 ans et plus, le vaccin contre la grippe est bon en moyenne à 20 %. Certaines années, c’est mieux, d’autres moins bien. On essaie d’expliquer aux gens que 20 %, c’est mieux que zéro, mais il y a une grosse place pour l’amélioration », explique le chercheur.

L’équipe de Gary Kobinger teste un nouveau vaccin contre l’influenza, qui pourrait permettre une meilleure protection, et une immunisation à long terme. La formule intègre une bonne partie des souches de l’influenza en circulation ces 20 dernières années.

Les chercheurs se sont concentrés sur les souches les plus virulentes, ou encore celles qui ont provoqué les symptômes les plus graves. On y retrouve par exemple le virus H1N1 qui a fait plus de 200 000 morts en 2009, selon les estimations.

Les scientifiques ont analysé le matériel génétique de ces souches du virus en circulation dans le passé et décrypté les séquences génétiques responsables de la production de certaines de leurs protéines. Ils ont ensuite identifié des éléments que ces séquences génétiques avaient en commun. En combinant ces séquences, ils ont obtenu un ADN « synthétique ». C’est ce brin d’ADN qui est ensuite injecté aux patients pour les vacciner.


Voyez comment on élabore un vaccin « universel »


Si on est capables d'avoir un vaccin qui va protéger contre les souches [des 20 dernières années], on se dit qu'on a de meilleures chances que ce vaccin-là protège contre les souches des 20 prochaines années.

Gary Kobinger, directeur du centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval

Un premier essai clinique visant à vérifier l’innocuité du vaccin s’est terminé il y a quelques mois. Selon les chercheurs, il a montré que le produit n’entraîne pas d’importants effets secondaires.

Par ailleurs, des analyses préliminaires montrent que le vaccin « universel » est plus efficace que l’immunisation annuelle. « Pour l'instant, le vaccin ADN a doublé l'efficacité chez les personnes âgées. Pour nous, c'est significatif. On a encore de l'amélioration à faire parce que doubler, ça veut dire de 20 % à 40 % et pour nous, ce n'est pas encore assez. Si on pouvait passer de 40 % à 80 %, donc doubler une autre fois, là, on va être contents », précise le chercheur.

Une amélioration, mais pas encore la panacée. D’autres laboratoires planchent aussi sur des vaccins universels contre la grippe, en utilisant des approches différentes. Dans tous les cas, les essais ne font que commencer. À court terme, nous devrons encore nous résoudre à retrousser nos manches à l’automne.