Infirmières surchargées : la FIQ et le ministère de la Santé divergent d'opinion sur un sondage

Personnel soignant dans un hôpital Photo : iStock

Deux Québécois sur trois indiquent être mal à l'aise à l'idée de recevoir des soins d'une infirmière qui travaille depuis plus de huit heures consécutives, révèle un sondage Léger commandé par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Le sondage permet également d'apprendre que quatre Québécois sur cinq estiment que les infirmières sont surchargées.

En entrevue sur les ondes de RDI, la présidente de la FIQ, Régine Laurent, souligne que la « grande majorité » des répondants ont « constaté, soit parce qu'ils étaient malades, soient parce qu'ils accompagnaient quelqu'un de malade, que les professionnels des soins de santé n'avaient pas le temps de faire correctement leur travail ».

Toujours selon Mme Laurent, la population a également remarqué que les effectifs infirmiers n'étaient pas suffisants pour répondre à la demande.

« La réforme [du ministre de la Santé Gaétan Barrette], ça n'a rien donné; c'est même un constat très négatif de la part de la population », a poursuivi la présidente de la FIQ.

Au dire de cette dernière, les résultats du coup de sonde font en sorte que le ministre « ne peut plus blâmer les méchants syndicats ».

« Nous sommes vraiment allés chercher le pouls de la population. »

« Écoutez, Monsieur Barrette, vous vous êtes octroyé de super pouvoirs, pouvez-vous donner l'ordre à vos gestionnaires de faire le travail que nous sommes prêts à faire? », a demandé Mme Laurent.

Réduire la surcharge de travail

La présidente de la FIQ en a également contre l'immobilisme qu'elle dit constater lorsqu'il est question de réduire la charge de travail du personnel soignant : si le ministre a bel et bien mis sur pied un comité pour évaluer la mise en place de ratios pour les postes de professionnels de la santé (le nombre de patients assignés à une infirmière ou un infirmier), « ça ne fonctionne pas », déplore Mme Laurent.

« On nous fait perdre du temps pendant qu'il y a des solutions qu'on pourrait mettre en place rapidement », ajoute-t-elle.

La FIQ indique que des « améliorations significatives » ont été observées dans plusieurs pays où ce type de ratios a été implanté.

Mme Laurent cite l'exemple de la Californie où, dit-elle, les ratios ont permis de diminuer les taux de mortalité, de chutes, d'infections ainsi que le « syndrome de la porte tournante », soit le fait d'entrer dans le système de santé et d'en ressortir rapidement sans avoir reçu les soins adéquats.

La présidente syndicale reconnaît aussi que les patients sont très largement satisfaits des soins reçus, et ce, dans une proportion de 93 %, selon les données du sondage. « Encore faut-il qu'ils aient accès à des soins de santé », précise-t-elle toutefois.

« Lorsque des soins ne sont pas prodigués, ou sont prodigués en retard, nous ne sommes pas en mesure d'en évaluer les impacts sur les patients », ce qui est pourtant « extrêmement important », mentionne Mme Laurent.

Barrette réagit

En entrevue lui aussi sur les ondes de RDI, le ministre de la Santé a répété l'information voulant que la quasi-totalité des personnes interrogées se disent satisfaites de la qualité des soins reçus.

M. Barrette rappelle également que 60 % des gens interrogés ont rapporté ne pas avoir été témoins de membres du personnel infirmier ayant effectué des quarts dépassant les huit heures.

Cet argument des quarts de travail trop longs sert pourtant de fer de lance à la démarche de la FIQ pour réclamer davantage de postes à temps plein et un ratio plus faible du nombre de patients assignés à chaque employé.

« On a le discours de la perception entretenue par les syndicats - c'est leur rôle - et la réalité », a affirmé le ministre.

« Évidemment, on ne veut pas [du personnel qui travaille plus de 16 heures d'affilée]. Ce sont des situations d'exception, et je suis d'accord avec cette interprétation », a poursuivi M. Barrette.

Ce dernier souligne par ailleurs que son ministère a « signé une convention collective qui porte à 62 % le pourcentage d'emplois à temps complet, en échange de souplesse de la part des syndicats ».

Selon le ministre, cette titularisation - la transformation de postes à temps partiel en postes à temps plein - aurait pu aller encore plus loin, « n'eût été des syndicats ».

« On va y arriver avec la FIQ et les autres syndicats », assure M. Barrette.

Quant à l'interprétation de sa réforme du système de santé, selon laquelle 50 % des répondants disent ne pas constater d'amélioration et 40 % estiment que la situation a empiré, le ministre préfère parler de « 61 % des gens qui disent que la situation est "semblable ou s'est améliorée" ».

« Si j'ai cela comme résultat aux prochaines élections, je vais être très, très, très heureux », ajoute-t-il.