L'aide médicale à mourir au Canada vue de l'international

Le professeur de recherche en soins palliatifs de l'Université Ghent en Belgique, Luc Deliens, juge la démarche du Canada « très sérieuse » en matière d'aide médicale à mourir. Photo : Radio-Canada

La loi fédérale sur l'aide médicale à mourir est entrée en vigueur il y a déjà plus d'un an, mais des experts internationaux estiment qu'il faudra encore attendre plusieurs années avant d'être en mesure de bien évaluer sa portée.

Un texte d'Olivier Lefebvre

Des chercheurs sont réunis cette semaine à Halifax, en Nouvelle-Écosse, dans le cadre d'une conférence internationale sur les soins de fin de vie.

Ils proviennent en majorité de la Belgique, des Pays-Bas, de l'Australie et du Canada. Ils ont un point en commun : leur pays de résidence a légiféré pour autoriser l'aide médicale à mourir.

Ils sont venus rendre compte de leurs connaissances pour faire avancer le débat autour de cette intervention difficile à encadrer.

Avant même son adoption, le projet de loi C-14 sur l'aide médicale à mourir au Canada faisait l'objet de vives critiques notamment de la part de patients. Un an plus tard, la grogne ne s'est pas estompée.

C'est la notion de « mort raisonnablement prévisible », établie par la loi, qui est souvent remise en question.

Actuellement, une personne gravement malade et très souffrante ne peut réclamer l'aide médicale à mourir si on estime qu'il lui reste plusieurs années à vivre.

L'exemple de la Belgique

Contrairement au Canada, il ne faut pas être en fin de vie pour demander l'aide médicale à mourir en Belgique. Là-bas, on utilise plutôt le terme médical « euthanasie » pour désigner la procédure.

Le chercheur invité, Luc Deliens, assure que le modèle belge fonctionne. Il est professeur de recherche en soins palliatifs à l'Université Ghent et s'intéresse à ce sujet depuis plus de 20 ans.

C'est en 2002 que la loi sur l'euthanasie est entrée en vigueur dans son pays. Depuis, plusieurs cas ont été contestés, mais seulement un aurait, selon lui, pu faire l'objet d'une erreur médicale.

Comme ici, l'avis de plusieurs professionnels de la santé est pris en compte avant d'accompagner les patients vers la mort.

« Il faut consulter plusieurs médecins. Normalement, c'est votre médecin qui est en charge de l'euthanasie, mais vous devez consulter au moins un autre médecin indépendant. Dans le cas où vous êtes en phase terminale, il faut en consulter d'autres », explique-t-il.

Une loi encore jeune

Le chercheur est impressionné par le « sérieux » de la loi au Canada. Il note toutefois au passage la nécessité d'un meilleur réseau d'appui pour les professionnels de la santé engagés dans un processus d'aide médicale à mourir. Il conseille également aux Canadiens de faire preuve de patience.

En Belgique, il a fallu attendre 10 ans avant d'obtenir des chiffres objectifs pour évaluer la loi.

Luc Deliens, chercheur invité

Le Québec est la seule province canadienne à avoir devancé le gouvernement fédéral en adoptant une loi en 2014, mais comme c'est le cas pour la loi fédérale, un de ses critères restrictifs est aussi contesté : la nécessité d'être en « fin de vie » pour avoir le droit à l'aide médicale à mourir.

Le doctorant en sociologie et participant à la conférence Samuel Blouin s'interroge sur l'interprétation des lois.

Le sociologue Samuel Blouin s'interroge sur l'interprétation des lois québécoise et canadienne en matière d'aide médicale à mourir. Photo : Radio-Canada

« Probablement que la loi fédérale est moins restrictive, mais le critère de fin de vie au Québec n'est pas déterminé en termes de mois, donc c'est vraiment laissé à la discrétion du professionnel », estime-t-il.

L'expérience de la Belgique est particulièrement intéressante sur cet aspect. Le chercheur Luc Deliens soulève un point souvent exprimé par des patients belges.

« Ils pensent qu'ils ont le droit à l'euthanasie. Ça n'existe pas le droit. Il y a une loi qui protège les médecins pour faire l'euthanasie, mais ce sont les médecins qui doivent conclure avec le patient que c'est la meilleure voie à suivre », dit-il.

Les institutions doivent s'adapter

Après l'entrée en vigueur de la loi, des hôpitaux catholiques au Nouveau-Brunswick ont refusé d'accompagner des patients dans le processus d'aide médicale à mourir.

« En Belgique, c'était le cas au début de l'implantation de la loi, mais ça n'a pas duré très longtemps. Ça n'a que duré deux ans », se rappelle M. Deliens. Des protocoles ont dû été créés afin que ces institutions appliquent la loi. »

La psychiatre Mona Gupta estime que le Canada peut en apprendre beaucoup de l'expérience d'autres pays en la matière. Photo : Radio-Canada

Une autre participante à la conférence, la psychiatre et professeure à l'Université de Montréal, Mona Gupta, estime pour sa part que des ajustements viendront.

« Nous n'avons pas beaucoup d'expérience si on se compare à la Suisse, à la Belgique ou les Pays-Bas, mais ça va venir avec le temps. C'est justement avec un congrès comme ça que ça va inspirer nos études et nos pratiques », croit-elle.