Une alimentation végétalienne ou sans gluten est-elle adaptée aux enfants?

Un bébé qui grimace Photo : iStock

Alors que les régimes sans sucre, sans gluten, végétalien ou végétarien gagnent en popularité, de plus en plus de parents se questionnent sur la meilleure alimentation à offrir à leurs enfants en bas âge. Tour d'horizon en 5 points.

Un texte de Stéphanie Rousseau

1 - Une alimentation sans gluten est-elle recommandée pour les enfants?

Non, selon les experts, sauf si un enfant souffre d’une intolérance au gluten ou de la maladie cœliaque, une maladie grave dans laquelle le gluten endommage la paroi de l’intestin grêle et réduit la capacité d’absorption des aliments.

Si l’enfant ne présente pas de sensibilité au gluten ou n’a pas la maladie cœliaque, je ne vois pas la pertinence de retirer le gluten de son alimentation

Catherine Lefebvre, nutritionniste de Montréal

Catherine Lefebvre rappelle que plusieurs des produits transformés « sans gluten » sont remplis d’additifs. « Le sans gluten a tellement une aura "santé" que les gens pensent que les croustilles, barres santé ou céréales à déjeuner sans gluten sont meilleures que les autres, alors que ce n'est souvent pas le cas. En plus, comme on utilise beaucoup la farine de riz ou l’amidon de pomme de terre dans ces produits, on se retrouve souvent avec des aliments qui n’ont à peu près pas de fibres, ce qui est dommage », précise-t-elle.

Anne-Marie Roy, nutritionniste spécialisée en alimentation végétale, va dans le même sens. « Un bébé, à moins qu’il ne soit cœliaque, on peut très bien lui donner des aliments qui contiennent du gluten, comme du blé, du kamut, de l’épeautre ou de l’orge. Ce sont des céréales qui sont très nutritives, et on les enlève seulement si on sait qu’il y a une allergie ou une intolérance. » Elle rappelle que les allergies au blé existent, mais qu’elles sont relativement rares et que cette céréale « aide à renforcer le microbiote intestinal parce que le blé contient des sucres fermentescibles, qui aident les bactéries du côlon à se nourrir ».

Malgré tout, Anne-Marie Roy constate que de plus en plus de parents s’informent sur le sans gluten pour leurs enfants, mais elle y voit surtout un effet de mode.

La diététiste Anne-Marie Roy.   Photo : Anne-Marie Roy

« Il y a beaucoup plus de gens qui éliminent le gluten que de personnes qui sont vraiment allergiques ou sensibles. Il y a moins de 10 % de la population qui a un problème avec le gluten et je pense qu’on est à 30 % des gens qui tentent d’éliminer le gluten. Il y a donc 20 % de la population qui élimine le gluten pour rien », lance-t-elle. « Si des parents veulent le faire, il y a quand même des céréales sans gluten qui sont très santé : on peut penser au quinoa, au sarrasin, à l’amarante… Il y a de très bonnes céréales qui sont santé. C’est juste dommage d’éliminer certaines céréales qui peuvent être bénéfiques sans raison », ajoute-t-elle.

Pour sa part, la nutritionniste Céline Bossé, de Calgary, souligne qu’il est primordial de consulter un médecin si on soupçonne que son enfant a une intolérance au gluten ou souffre de la maladie cœliaque avant de faire des changements alimentaires.

Des produits végétaliens sur une table. Photo : Radio-Canada

2 – Le végétarisme est-il adapté aux tout-petits?

Oui, tant que le régime est équilibré, il n’y a pas de contre-indication à une alimentation végétalienne ou végétarienne, que ce soit pour une femme pendant la grossesse ou pour les enfants dès l’introduction des aliments solides dans l'alimentation.

L’alimentation végétale est adaptée à tous les âges et étapes de la vie.

Anne-Marie Roy, nutritionniste

D’ailleurs, une étude publiée en décembre par l’Académie de la nutrition et de la diététique, l’organisme qui chapeaute les nutritionnistes aux États-Unis, dit clairement que le végétarisme et le végétalisme sont parfaitement sécuritaires pour la santé et peuvent même réduire ou aider à prévenir ou à traiter certains problèmes de santé. « Ces régimes alimentaires sont sécuritaires à toutes les étapes de la vie, notamment durant la grossesse, la lactation, lorsque les enfants sont naissants, en bas âge, à l’adolescence, à l’âge adulte et pour les athlètes », peut-on lire dans le document qui invoque aussi des arguments pro-environnement pour adopter ce type d’alimentation.

Un bébé qui dort. Photo : iStock/kledge

Ces dernières années, des cas d’enfants morts affamés alors qu’ils mangeaient ce que leurs parents qualifiaient d’alimentation végétalienne ont fait la manchette, semant la confusion et la peur chez bien des parents. Anne-Marie Roy rappelle que, dans la plupart des cas, les parents fautifs avaient profondément exagéré. « On a entendu beaucoup d’histoires d’horreur sur le web, d’enfants morts de parents végétaliens, mais la raison est toujours la même : c’est que certains parents sont très mal informés. Par exemple, au lieu de nourrir leur bébé avec du lait maternel, ils le nourrissent avec du lait végétal. Évidemment, ça, c’est une gaffe majeure. Mais si c’est bien équilibré, un régime végétal est tout à fait valable pour un très jeune enfant », ajoute-t-elle.

Anne-Marie Roy rappelle qu'il faut éviter de se lancer dans ce type d'alimentation sans faire une bonne recherche ni savoir à quoi faire attention ou quels suppléments prendre. « Je pense que, oui, ça peut-être bien équilibré, mais il faut être bien informé », dit-elle.

3 – Faut-il donner des légumineuses ou du soya à un enfant, et comment?

Oui, il est primordial de donner des protéines végétales si on ne consomme pas de viande, indique Anne-Marie Roy.

Ça devient extrêmement important qu’un bébé ou un jeune enfant mange des légumineuses ou du soya tous les jours et même à tous les repas pour avoir une dose importante de protéines.

Anne-Marie Roy, nutritionniste

Un bébé a toutes les chances de s’habituer et d’aimer les légumineuses écrasées si on les lui donne à un très jeune âge. Il est possible de donner des légumineuses aux bébés à partir de l'âge de 6 mois, d’abord en purée et ensuite entières une fois qu’ils commencent à avoir des dents. Il ne faut pas oublier qu’il est aussi possible de les ajouter à des desserts, comme à des biscuits ou à des muffins!

La soupe aux pois végétalienne Photo : Radio-Canada/Colombe Fortin

« Moi, je préfère vraiment les protéines végétales qui ne sont pas transformées, comme des légumineuses, des noix ou du tofu, plutôt que de fausses viandes parce que, quand on commence à regarder la liste de ces produits-là, ce n’est pas toujours intéressant. Il y a plusieurs façons d’aller chercher des protéines végétales, ce n’est pas très inquiétant », précise, quant à elle, Catherine Lefebvre.

La nutritionniste et auteure Catherine Lefebvre Photo : Radio-Canada/Hamza Abouelouafaa

« Le choix des boissons végétales, par exemple, c’est sûr qu’il y a une grande popularité pour les boissons aux amandes. C’est très, très populaire. Mais les amandes, même si c’est une source de protéine végétale intéressante, dans la boisson à base d’amandes, il n’y a presque pas de protéines. Oui, cela va être enrichi de vitamines et de minéraux. Mais il n’y a presque pas de protéines, alors que dans une boisson de soya, c’est l’équivalent du lait », ajoute Catherine Lefebvre.

4 – Faut-il prendre des suppléments?

Oui, les gens qui ne mangent pas de viande sont plus à risque de manquer de vitamine B-12 et de faire de l’anémie. Il est donc recommandé de prendre des compléments. « Une autre erreur que certains parents font, c’est de ne pas supplémenter les bébés avec de la vitamine B-12, c'est vraiment une précaution à prendre », explique Anne-Marie Roy. Le corps n'a pas besoin de beaucoup de cette vitamine, mais celle-ci joue un rôle essentiel pour le système nerveux. Elle se vend sous forme liquide et est mieux absorbée, comme toutes les autres vitamines, avec un repas. Elle se retrouve aussi dans la levure enrichie.

Par ailleurs, les trois nutritionnistes à qui nous avons parlé nous ont aussi indiqué que les végétariens et les végétaliens doivent également s’assurer de prendre assez de suppléments de zinc, de l'oméga 3, de l’iode, du fer et de la vitamine D en hiver. Il est aussi recommandé de consulter un professionnel de la santé.

5 - L’information, la clé

Pour Catherine Lefebvre, le défi pour tout parent ou toute personne qui souhaite adopter une alimentation végétarienne, c'est de faire le tri parmi la quantité phénoménale d’information… et de désinformation qui existe sur le sujet! « L’information, il y en a assez, il s’agit de faire le tri et de filtrer un peu, parce que ça devient mélangeant pour monsieur ou madame tout le monde », conClut-elle.