.  
Adaptation pour Internet :Danielle Beaudoin

CE POULET DOUTEUX QUE MANGENT LES ANGLAIS

Une histoire à faire dresser les cheveux sur la tête : du poulet qui contient plus de 40 % d'eau pour augmenter son volume. Du poulet traité aux protéines d'autres animaux. Ce poulet inonde le marché britannique. Des entreprises en Allemagne et en Hollande font des manipulations génétiques pour que ces protéines ne soient pas détectables par les inspections sanitaires. Une enquête de la BBC.

Journaliste : Betsan Powys, de l'émission Panorama à BBC
Adaptation : Kathleen Royer

 

L'enquête de Panorama

Le poulet représente aujourd'hui une industrie de milliards de dollars. Les Anglais en sont friands. On en veut toujours plus et pour moins cher. Il y a beaucoup d'argent et d'intérêts en jeu et surtout de lourds secrets à protéger.

L'émission Panorama de BBC a mené une grande enquête sur le sujet. L'équipe de Panorama a notamment eu l'aide d'un homme qui travaille dans l'industrie du poulet depuis de nombreuses années. Cet informateur anonyme : « C'est un milieu dur et il se passe des choses dont le public n'a aucune idée. Si je peux, j'essaierai de vous aider. Il y a peu de gens qui oseraient affronter les grandes entreprises et dévoiler leurs pratiques. »

Panorama a fait analyser des filets de poulet congelé. On a envoyé les échantillons à un laboratoire public à Manchester et à IdentiGEN, un laboratoire de Dublin parmi les plus avancés au monde en matière de détection des espèces d'ADN.

Pour réussir à percer les secrets de cette industrie, Panorama a créé une compagnie bidon, Pan Euro Ventures, désireuse d'investir de l'argent dans la transformation du poulet. L'enquête commence par une liste de sociétés dénoncées plus d'une fois par les chiens de garde du secteur alimentaire du Royaume-Uni et d'Irlande. Des entreprises hollandaises pour la plupart. Certaines vendaient du poulet qui contenait plus d'eau que ce qu'elles prétendaient. Certaines avaient utilisé des additifs d'origine animale. Les tests de détection d'ADN de bœuf réalisés sur leur poulet s'étaient révélés positifs. Aujourd'hui l'Agence des normes alimentaires, la FSA, dit avoir reçu l'assurance des Hollandais que le problème a été éliminé. L'informateur de Panorama n'en est pas convaincu : « La FSA semble croire que le problème est réglé mais ce genre de produits inonde notre marché depuis des années. Je ne pense pas que ce soit fini. Il y a bien trop d'argent en jeu. »

Pan Euro Ventures se rend à Paris, au plus grand salon de l'alimentation d'Europe. Elle prétend vouloir acheter 50 tonnes de poulet congelé par semaine, au meilleur prix possible. La société hollandaise Kappers mord à l'hameçon. Le vendeur de Kappers : « Nous importons les produits directement. De beaux filets de Thaïlande. Nous y rajoutons un peu d'eau, et plus on ajoute de l'eau, plus le prix devient intéressant bien sûr. L'eau coûte moins cher que le poulet. »

Du poulet gorgé d'eau

Une journaliste travaille secrètement dans l'une des usines dénoncées : Slegtenhorst, près de Rotterdam. La journaliste filmera en secret pendant plusieurs semaines les méthodes utilisées par l'usine. Les filets de poulet sont mélangés à de l'eau et des additifs dans d'énormes tambours pendant une heure et demie : « Il ressort tout gluant et visqueux, comme de la soupe de poulet. On le met dans des sachets. Ils ne veulent pas nous dire exactement ce qu'il y a dedans. » Presque tout le poulet congelé qui sort de cette usine - 95 % - est vendu au Royaume-Uni.

Un informateur de Panorama a réussi à trouver un emploi dans une autre usine, appartenant à T. Lelie, l'une des cinq grandes entreprises hollandaises qui exporte vers la Grande-Bretagne. On a trouvé de l'ADN de bœuf dans son poulet à plusieurs reprises. L'énorme usine, en banlieue d'Amsterdam, produit 200 tonnes de poulet congelé par semaine. Chez T. Lelie, on injecte de l'eau directement dans la viande avec des machines à injection.

Les analystes du laboratoire de Manchester ont trouvé les résultats suivants sur la teneur en eau des échantillons de poulet :

  • Les filets de Kappers contiennent 40 % d'eau. Les étiquettes sur les boîtes indiquent plutôt 30 %.
  • Le poulet qui sort de Slegtenhorst contient 49 % d'eau! La compagnie affirme pourtant qu'il n'y a que 30 % d'eau dans sa viande.

De l'eau…et quoi d'autre?

Les inspecteurs au Royaume-Uni et en Irlande ont déjà trouvé de l'ADN de bœuf et de porc dans le poulet hollandais, et ce, 18 mois avant l'enquête de Panorama. L'ADN provenait des additifs - des protéines - qu'ils ajoutent au poulet pour retenir l'eau. Cette pratique existe-telle encore aujourd'hui?

Panorama l'a demandé aux analystes du laboratoire de Manchester. Ils ont trouvé des taux élevés d'hydroxyproline, un marqueur du collagène. Le collagène est fait de protéines animales. Ce collagène provient de quel animal?

Le laboratoire IdentiGEN a analysé 12 filets de poulet congelé hollandais et a trouvé de l'ADN de bœuf dans la moitié des échantillons. De l'ADN de bœuf dans le poulet de Slegtenhorst et dans celui de T. Lelie. De l'ADN de porc dans le poulet halal (viande tuée selon le rite musulman) de la société hollandaise Jozef Hassan . Les trois entreprises réfutent ces résultats. Slegtenhorst affirme qu'elle n'utilise pas de protéines animales. T.Lelie dit qu'elle n'utilise que des protéines de poulet. Jozef Hassan nie utiliser des protéines animales.

Des manipulations génétiques

Avec tout le poulet congelé hollandais qui inonde le pays, il est étrange que les autorités sanitaires ne trouvent pas plus de protéines de boeuf ou de porc dans cette viande. L'enquête mène Panorama jusqu'à l'entreprise hollandaise Surplus, qui fabrique des additifs alimentaires. Panorama comprend alors pourquoi on rajoute des protéines de bœuf et de porc au poulet : parce ce qu'elles coûtent moins cher que les protéines de poulet.

Pan Euro Ventures, la société fictive de Panorama, se rend jusqu'au fournisseur de Surplus, dans les fabriques de protéines Prowico et Bensa, en Allemagne. Panorama y fait une étonnante découverte. Prowico a développé un nouveau produit à base de protéines - les protéines RCP négatives. La présence de bœuf ou de porc y est indétectable. Ces gens peuvent supprimer le code d'ADN du produit. Prowico fait comprendre que ces nouvelles protéines sont non seulement indétectables mais aussi moins chères que les protéines de poulet. Ces industriels ont-ils réussi à déjouer la science?

L'informateur de Panorama a dérobé des échantillons d'additifs à l'usine de T.Lelie. Il a pris la poudre blanche dans un sac au nom de la compagnie Surplus. Panorama a fait analyser ces échantillons. Au laboratoire de Manchester, on a détecté de l'ADN, mais les analyses ne peuvent pas dire de quel animal il provient. Au laboratoire de Dublin, on n'a pas trouvé de traces de bœuf ni de porc non plus.

La légalité de ces produits

Il n'est pas illégal d'ajouter de l'eau et des additifs au poulet. Si c'est indiqué sur l'étiquette, sur la boîte, ce n'est pas de l'escroquerie. En plus, les industriels n'ont qu'à mettre la mention « protéines hydrolysées » sur les étiquettes; ils ne sont pas obligés de dire de quel animal proviennent les protéines.

En conclusion

L'an dernier, les habitants du Royaume-Uni ont mangé plus d'un million de tonnes de poulet. Mais personne ne sait combien d'additifs provenant d'autres animaux se trouvent dans le poulet congelé hollandais. Et si certains industriels ont trouvé le moyen de les rendre indétectables, alors les consommateurs britanniques ne sauront jamais ce qu'on leur donne à manger.

Quel est le pourcentage d'eau permis dans le poulet au Canada?

Pour laver le poulet et accélérer le processus de refroidissement après l'abattage, l’Agence canadienne d’inspection des aliments permet que le poulet absorbe une certaine quantité d'eau. L’ACIA autorise entre 6 % et 12 % d’eau, selon la grosseur du poulet. Lorsque le produit est transformé, il n'y a pas de limite, en autant que le pourcentage réel soit inscrit sur l'étiquette. L'étiquette doit indiquer, « Poitrine de poulet additionnée d'eau » ou « Poitrine de poulet assaisonnée ».

Écoutez l'extrait

Réponse de l'Agence canadienne d'inspection des aliments obtenue pendant l'émission Place publique avec Jean-François Lépine et Madeleine Roy.

 



En raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible sur Internet.


POUR EN SAVOIR PLUS

« The Chicken Run » 
Une enquête de Panorama - BBC - En anglais. À consulter : les sections Commentaires et Forum.

« Scandal of beef waste in chicken »
Journal The Guardian - En anglais.

Agence canadienne d'inspection des aliments
Section des bulletins judiciaires.L’ACIA diffuse des bulletins d’information sur les poursuites judiciaires qui mènent à une condamnation.

« Agency takes further action to crack down on water in chicken scam »
Agence des normes alimentaires du Royaume-Uni - En anglais.

« Le poulet végétarien »
Un reportage de La Semaine verte

Qualité et salubrité / Mythe et réalités
Fédération des producteurs de volaille du Québec

Les producteurs de poulet du Canada

 

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h.

Elle sera présentée en rediffusion dans le cadre de l'émission Place publique, le jeudi à 12 h 30, et sera alors enrichie par des commentaires et des discussions en direct. En outre, on répondra à des questions des téléspectateurs soulevées par l'émission.

L'émission est aussi rediffusée intégralement sur les ondes de RDI le dimanche à 20 h et le lundi à 1 h.

 

VOUS AVEZ MANQUÉ UNE ÉMISSION?

Toutes les émissions de la saison régulière sont archivées pour vous permettre de consulter le reportage que vous auriez manqué ou aimeriez revoir. Veuillez toutefois noter que les reportages achetés ne peuvent être archivés en format vidéo en raison des droits d'auteurs, mais ils sont disponibles en format texte.

Consultez la rubrique Reportages récents.

 

 

 
<% Sub lienFichierZoneLibre (leFichier, leServeur, texteLien, imageLien, laClass, textePasLien) Dim pathFichier : pathFichier = Server.MapPath("/Medianet/" & leServeur & "/" & leFichier & ".asx") 'Response.Write "=> " & pathFichier & "" Dim fobj Set fobj = Server.CreateObject("Scripting.FileSystemObject") If fobj.FileExists (pathFichier) then Response.Write " " & texteLien & "" Else Response.Write textePasLien End If End Sub %>