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Adaptation pour Internet : CAROLINE PAULHUS

CRY FOR ARGENTINA

Émission du 7 février 2003

réalisation : Angus Macqueen
production : October Films, BBC et Thirteen / WNet New York

Du jour au lendemain, la monnaie qu'ils utilisaient ne valait plus rien. Leurs épargnes se sont mises à fondre à vue d'œil et leur gouvernement leur a même interdit de sortir ces épargnes de la banque. Leur économie s'est écroulée et, pour plusieurs d'entre eux, ils ont aussi perdu leur emploi. Un cauchemar pour les habitants d'un pays qui était, jusqu'à tout récemment, le plus riche d'Amérique latine : l'Argentine.

Discréditée par les grandes organisations financières à cause de sa dette colossale, l'Argentine a sombré, du jour au lendemain, dans une crise sans précédent. Les gouvernements sont tombés les uns après les autres et les Argentins, après avoir tout perdu, ont été forcés d'imaginer des solutions pour survivre. Plus de 200 000 personnes ont quitté le pays, et 20 % de la population vit maintenant grâce à une économie parallèle ingénieuse où l'argent n'existe pas.

Une équipe de la télévision britannique est allée voir, un an après, comment l'imagination et le courage ont permis à une majorité d'Argentins de conserver une certaine dignité malgré les circonstances.

 

L'Argentine a déjà été le pays le plus développé de l'Amérique latine. Enfants chéris de la communauté financière internationale, les Argentins ont longtemps mené un grand train de vie. Mais les promesses de stabilité et de prospérité du premier monde n'étaient qu'illusions. En décembre 2001, la récession a précipité le pays dans une crise financière catastrophique.

Pour éviter que les Argentins ne retirent toutes leurs économies des banques, et vident ainsi les caisses de l'État, les banques restent ouvertes, mais les comptes d'épargnes sont bloqués. Les clients sont autorisés à retirer à peine 1200 pesos par mois (soit l'équivalent de 535 dollars canadiens). Une situation qui sème la colère dans la population. Certains réagissent par des manifestations quotidiennes. D'autres se sont tournés vers les tribunaux pour tenter de récupérer ce qui leur appartient.

Les plus astucieux ont créé un système économique parallèle, un club de troc. Fondé il y a cinq ans avec un peu moins de 1000 membres, le club de troc encourage les chômeurs et les pauvres à produire leurs propres biens et services et à les échanger ensuite sur un marché spécial. Les membres apportent des vivres, des vêtements ou des services qu'ils échangent au moyen de ce qu'on appelle des « crédits sociaux », la monnaie du club de troc. Tout argent normal, de quelque genre que ce soit, est interdit.

Plus le club grandit, plus des services importants et des géants de l'économie s'y intéressent. Désormais, on peut même se payer des soins de santé (radiographies, spécialistes, psychologues, etc.) avec des crédits sociaux. Récemment, même une compagnie aérienne a adhéré au programme. Elle offre trois lignes, une quotidienne et deux autres en fin de semaine seulement.

Le club et ses répliques formées un peu partout en Argentine regroupent désormais près d'un cinquième de la population. Ruben Ravera, un des instigateurs du système, juge que les clubs sont le moyen par lequel le pays pourra renaître. « Un groupe de gens a dit "Assez c'est assez" à toutes les manifestations, aux barrages de routes, aux concerts de casseroles… Ces contestations peuvent paraître enfantines, n'est-ce pas ? Une femme bien habillée qui va taper sur une banque avec un marteau, c'est lamentable et c'est improductif. Une société où tout le monde proteste n'accomplit rien du tout. »

Les chômeurs qui profitent de ce système ressentent une nouvelle forme de dignité, sans compter qu'ils réussissent à se procurer les biens essentiels à leur survie. Aujourd'hui, les gestionnaires des clubs aimeraient bien que le gouvernement adopte un projet de loi au Congrès pour donner un statut légal au projet. Mais le gouvernement dit ne pas avoir le temps de les écouter.

Déçus de leur gouvernement, plusieurs Argentins songent à quitter le pays. Plus de 100 000 personnes, la plupart des professionnels, ont quitté les lieux depuis deux ans.

Ceux qui restent dansent sur un tango dont les paroles expriment bien leur état d'âme :

Dans un pays en déroute, où tout le monde vole,
Un paysan meurt en produisant de l'or pour son maître.
Les politiciens corrompus conduisent des voitures de luxe
La mine sombre, ils nous volent notre avenir.
Oh ! Mon Dieu, nous avons perdu tout espoir.
Fuyons notre pays, c'est la seule chose à faire.

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POUR EN SAVOIR PLUS


Un dossier sur les défis de l'Argentine

Argentina in Crisis
Dossier de la CBC (en anglais)

Argentine (crise économique)
Reportage diffusé à l'émission 5 sur 5

Presidencia de la Nacion
Site de la présidence de l'Argentine (en espagnol)

New York University's Stern School of Business
Pour une bonne analyse de la crise économique en Argentine (en anglais)

The University of Texas' Latin American Network Information Center
Site qui offre plusieurs autres liens (en anglais)

Argentina's economic crisis
Analyse de la BBC (en anglais)

CIA Factbook - Argentina
Dossier de l'agence américaine (en anglais)

Argentine
Plusieurs renseignements sur le pays. Pages supportées par le site non officiel ABC-LATINA L'Amérique latine sur Internet

Reluctant Partner : The Argentine Government's Failure to Back Trials of Human Rights Violators
Rapport de Human Rights Watch (en anglais)

Argentine
Informations générales sur l'Argentine — site non officiel

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h et présentée en rediffusion sur les ondes de RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 20 h ainsi que le lundi à 1 h.