diffusion le 25 janvier 2002  
`


Le prix du bouquet

Roses, rouges ou blanches, nous les voulons parfaites. Les roses constituent un marché international en pleine expansion, que se disputent les pays pauvres, prêts à tout pour combler les désirs des consommateurs des pays riches. Alors, pour assurer une qualité exceptionnelle aux roses qu'ils produisent, les floriculteurs de plusieurs pays pauvres utilisent des produits chimiques très puissants. Des produits si puissants que certains sont même interdits chez nous. Environnement pollué, santé des travailleurs menacés, la culture des roses ne se fait pas sans risques. Et les bonnes conditions de travail ne se cultivent pas partout… En Équateur, d'où nous importons de plus en plus les roses que nous achetons, la situation est alarmante.

L ' É Q U A T E U R   E N   B R E F

Superficie: 283 561 kilomètres carrés
Capitale: Quito
Population: 12,6 millions
Langue officielle : espagnol; le quechua, le shuar et d'autres langues autochtones sont aussi parlées
Monnaie: sucre, mais dans les faits le dollar américain est utilisé

Nature de l'État: république unitaire
Chef d'État: Gustavo Noboa, autoproclamé président en janvier 2000 après un coup d'État avorté perpétré par une junte

Nature du régime: démocratie présidentielle

***


- 50 % des Équatoriens vivent sous le seuil de la pauvreté
- taux de chômage: 13 %
- 50 % des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique

Sources: L'État du monde 2002 et CIA World Factbook 2001

Un important produit d'exportation de l'Équateur

Les fleurs occupent le 3e rang dans l'économie du pays, après le pétrole et les bananes. Au Canada, les fleurs coupées sont le deuxième produit d'importation en provenance de l'Équateur, après les bananes.

- 5 millions de roses partent de Quito chaque jour
- plus de 300 entreprises floricoles produisent des roses
- seulement trois jours s'écoulent entre le moment où la fleur est coupée dans une serre et son arrivée dans nos mains

« Si on n'avait pas ce travail, on devrait faire comme avant et aller travailler comme domestique à Quito. Et presque personne ne pouvait faire instruire ses enfants parce qu'on avait pas assez de ressources économiques. »
Piedad Cuzco

***

Dommages causés à l'environnement

et risques pour la santé

« Pour exporter des roses, il faut que celles-ci soient sans taches, sans insectes, sans maladies, c'est-à-dire parfaites. Pour atteindre cette perfection qu'exigent les consommateurs, les producteurs utilisent une quantité considérable de pesticides, de fongicides, et d'herbicides. »
extrait du reportage

Fongarid, Felco, Topas D, Rescate, autant de produits chimiques interdits aux États-Unis et au Canada mais utilisés dans les serres d'Équateur, même si le ministère de la Santé équatorien en bannit l'usage là aussi. Maux de tête, irritations, maladies respiratoires, rénales ou sanguines, cancers, désordres génétiques: les risques que représentent certains de ces produits pour la santé des travailleurs sont documentés.

40 000 travailleurs travaillent dans les 300 entreprises floricoles que compte l'Équateur. Seulement trois d'entre elles sont syndiquées. Les organisations de travailleurs estiment que 70 % des floriculteurs du pays offrent à leurs travailleurs des conditions de travail franchement mauvaises, tandis que les autres sont tout juste acceptables.


« La concurrence qui vient de partout, et les grosses entreprises qui continuent de s'agrandir, alors le pauvre est laissé de côté. »

Eduardo Cuascota, qui travaille six jours par semaine pour nourrir cinq enfants, gagne 150 $ par mois

 

 

En plus de l'impact sur les travailleurs, la culture des roses a un impact sur l'environnement et ses villageois. L'air, le sol et l'eau du village sont contaminés par ces arrosages quotidiens.

 

« Avant l'eau était propre. Elle nous servait même pour l'alimentation, et pour boire. Maintenant c'est plus possible, il y a beaucoup de contamination. Non, c'est impossible! Même les animaux ne veulent pas la boire! »
Fernando Cuascota

Sans compter que la superficie de terre où on cultive des fleurs est 100 fois plus grande qu'il y a 20 ans. Et cela se fait au détriment des cultures vivrières.

« Ce qu'on gagne comme salaire dans les serres,
c'est pas assez pour la nourriture, alors il faut semer
sur notre petite terre pour avoir assez à manger.
 »
Oswaldo Flores


« Pendant que les roses s'épanouissent, les terres de la Alegria sont desséchées. Les habitants accusent les entreprises de prendre plus que leur part et de voler l'eau. Une des conséquences du manque d'eau, c'est qu'il n'y a plus assez de fourrage dans les champs. À la Alegria, on nourrit donc les animaux avec les résidus des serres. Cela donne du lait contaminé, du fromage contaminé, de la viande contaminée. »
extrait du reportage

***

Une équipe de Zone libre s'est rendue en Équateur, où elle a constaté une situation alarmante.

Un reportage de la journaliste Sylvie Joly et de la réalisatrice Esther Lapointe. Images : Serge Brunet; son: Martin Thibault; montage : Bernard Lapointe.

 

Le reportage sera disponible sur Internet dès 22h, immédiatement après sa diffusion sur les ondes de Radio-Canada.


H Y P E R L I E N S

Équateur
Yahoo.com
(donne accès à un large éventail de sites; information regroupée par sujets: gouvernement, médias, sciences, économie, etc.)
Ministère des Affaires étrangères du Canada
(fiche documentaire d'octobre 2001; inclut des données générales, politiques et économiques sur l'Équateur)
The CIA World Factbook 2001
(contient notamment de l'information sur la géographie, la politique et l'économie de l'Équateur; en anglais )
Consulat général d'Équateur à Montréal
***
Toxicologie
Centre de toxicologie du Québec
(centre qui a « pour rôle premier d'offrir l'expertise toxicologique requise par le réseau québécois de santé »)
Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)
International Code of Conduct on the Distribution and Use of Pesticides
(site de la Food and Agriculture Organization of the United States)
***
Les travailleurs
Conditions d'emploi et de travail dans l'industrie florale équatorienne
(document de l'Organisation internationale du travail; en anglais)
Organisation internationale du travail
(institution spécialisée des Nations unies, dont le mandat est « de promouvoir la justice sociale et notamment de faire respecter les droits de l'homme dans le monde du travail »)
International Code of Conduct for the Production of Cut Flowers
(site de l'Université du Minnesota)

L'émission Zone libre est diffusée sur les ondes de
Radio-Canada
le vendredi à 21 h et en reprise à RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 13 h et à 20 h ainsi que le lundi à 2 h.