diffusion le 19 octobre 2001  
`


Les compagnies pharmaceutiques jouent un rôle essentiel en matière de santé publique. Dans l'ensemble, les malades voient leur sort amélioré grâce au développement de médicaments de plus en plus efficaces. Mais, pour une entreprise qui agit dans un marché de plus en plus concurrentiel, où il faut se démarquer des compétiteurs, tous les incitatifs semblent bons pour « convaincre » les médecins des mérites de ses médicaments. Repas gastronomiques, séjours dans des hôtels de luxe, croisières, voyages au soleil, autant de cadeaux qui accompagnent souvent les congrès ou les semaines de formation, par exemple. Être ainsi traités aux petits soins pourrait-il entraîner certans effets secondaires ? Les médecins en perdent-ils leur sens critique ? Et les compagnies pharmaceutiques sont-elles en train d'acheter les médecins ?

Pour se tenir au courant des derniers développements de la médecine, les médecins sont tenus de suivre près d'une centaine d'heures de formation chaque année. Il faut dire qu'il y a annuellement une véritable invasion de nouveaux médicaments sur le marché. Un des problèmes, diront certains, c'est que les gouvernements se sont désengagés financièrement de la formation continue des médecins, tout comme les universités.

« Il y avait donc un vide, un vacuum de formation, et l'industrie pharmaceutique s'est dit:
" Je vais prendre, moi, cette responsabilité-là. » Mais l'industrie, son rôle, c'est vendre. Son rôle, c'est pas d'assurer l'accessibilité
et la continuité des soins.
 »

Docteur Robert Goyer

Devant le vide existant, les compagnies pharmaceutiques ont donc pris la relève, en commanditant la formation continue mais également en finançant les études universitaires. Pour éviter les dérives, de grandes revues médicales du monde ont annoncé, en septembre dernier, qu'elles resserraient leurs critères avant de publier des études sur de nouveaux médicaments.

Q U E S T I O N  D ' É T H I Q U E . . .

« Les principes directeurs suivants, appliqués consciencieusement par toutes les parties impliquées en EMC [Éducation médicale continue], devraient permettre d'éviter les écueils qui pourraient survenir à l'occasion d'activités éducatives soutenues par des sociétés commerciales.

1. Les activités d'EMC doivent avoir pour but premier le perfectionnement des participants pour qu'ils assurent des soins de qualité à leurs patients. Elles ne sont pas orientées vers l'intérêt de l'organisme médical responsable de l'activité, ni celui des organisateurs, des personnes-ressources ou des sociétés commerciales.

2. Le contenu des activités d'EMC doit être objectif et équilibré, et permettre que les diverses hypothèses et opinions reconnues soient exposées.

3. Les intervenants en EMC doivent éviter d'introduire, dans la conduite et dans le contenu des activités d'EMC, des éléments qui risquent de les biaiser notamment des avantages personnels, des émoluments au-delà des montants habituellement versés, des gratifications ou des cadeaux personnels.

4. Le choix des personnes-ressources et de tout matériel audiovisuel ou didactique diffusé à l'occasion d'une activité d'EMC est la responsabilité exclusive de l'organisme médical responsable de l'activité, et non celle de la société commerciale.

5. Les participants doivent être tenus au courant de façon claire et systématique des affiliations, des commandites, du soutien financier et de toute autre contribution ayant un lien avec le contenu de l'activité et impliquant, d'une part, l'organisme médical, l'organisateur ou les personnes-ressources et, d'autre part, les sociétés commerciales. »

Source: Conseil de l'éducation médicale continue du Québec

 

En principe, les sessions d'éducation continue, pour être créditées par les écoles de médecines, ne doivent pas porter sur des médicaments en particulier. De façon à éviter que ces soupers se transforment en séances de marketing.
extrait du reportage

« 70 % des conférences vont toucher ou être en relation avec un produit que va vendre une compagnie pharmaceutique. »
Dr Alain Lesage

Q U E L Q U E S   C H I F F R E S

- En Amérique du Nord, les sommes consacrées au marketing par certaines compagnies pharmaceutiques peuvent atteindre 40 % du prix des médicaments.
- Un exemple de la proportion consacrée au marketing des produits: la compagnie Merck-Frosst y consacre deux fois plus d'argent que pour la recherche.
- On estime qu'il y a en Amérique du Nord un représentant de compagnies pharmaceutiques pour 8 médecins.
- En Amérique du Nord, l'industrie pharmaceutique dépense 11 milliards de dollars par année en relations publiques et en promotion. Cela équivait à 20 000 $ par médecin.

 

« On sent les effets parce que l'on voit un matin
lorsqu'il y a eu un week-end de formation,
qu'il y a un produit, par exemple une classe d'antibiotique, qui sort beaucoup plus que l'autre parce que le médecin s'est fait vanter ce produit-là qui, aux dires de la compagnie, est le meilleur produit.
 »
un pharmacien de la région montréalaise, qui désire garder l'anonymat

« On a assez de preuves pour croire
que le marketing intensif a de l'influence.
On ne dépense pas 11 milliards de dollars
par année dans cette industrie
à toutes fins inutiles. 
»

Dr Ashley Wazana,
chercheur de l'Université McGill, auteur d'une recherche
sur les conflits d'intérêts entre médecins et compagnies pharmaceutiques

Extrait du reportage

« Au printemps dernier, l'Association des psychiatres a organisé une autre activité scientifique. Une troisième en trois mois. Celle-là cette fois au Mexique. Une semaine de formation dans un hôtel cinq étoiles près de Cancun, le Iberostar Paraiso Beach.

Jean-François Lépine: « Le coût que vous demandiez aux médecins était de 925$ pour la semaine. Or, le coût réel, selon l'agence de voyage était de 1579 $. Qui payait la différence? »

La réponse du Dr Jean Hébert, président de l'Association, dans notre reportage...

 

La situation est suffisamment préoccupante pour que le Collège des médecins se penche sur la question. Une équipe de Zone libre vous présente cette semaine un dossier consacré au sujet.

Un reportage des journalistes Jean-François Lépine et Francine Tremblay, et des réalisatrices Catherine Cano et Johanne Bonneau. Images : Patrice Massenet et Pierre Mainville; son : Marcello Lambre; montage : Hélène Lamothe.

Visionnement du reportage 


 

H Y P E R L I E N S

Liens entre les médecins et l'industrie pharmaceutique

Physicians and the Pharmaceutical Industry:
Is a Gift Ever Just a Gift?

(résumé d'un article de Dr Ashley Wazana, auteur d'une recherche sur sur les conflits d'intérêts entre médecins et compagnies pharmaceutiques; publié dans le Journal of the American Medical Association)

High-Tech Stealth Being Used To Sway Doctor Prescriptions
(atricle du New York Times publié le 16 novembre 2000)

La décision des revues médicales de ne plus publier les études financées par les fabricants de médicaments si les chercheurs ne disposent pas d'une pleine indépendance

Uniform Requirements for Manuscripts Submitted to
Biomedical Journals

(sur le site du International Commitee of Medical Journal Editors)

Préserver l'intégrité de la recherche clinique :
nouvelles règles

(annonce du Journal de l'Association médicale canadienne)

Des revues médicales défendent l'éthique scientifique
(article de radio-canada.ca)

Organisations

Conseil de l'éducation médicale continue du Québec
(contient une section sur les relations entre les organismes médicaux et les sociétés commerciales)

Association médicale canadienne
(organisme qui représente la majorité des médecins du Canada)

Collège des médecins du Québec
(organisme de surveillance des médecins du Québec)

Éducation médicale continue
(sur le site du Collège des médecins du Québec)

Rx&D: Les compagnies de recherche pharmaceutique du Canada
(organisation qui représente les compagnies pharmaceutiques canadiennes)

L'émission Zone libre est diffusée sur les ondes de
Radio-Canada
le vendredi à 21 h et en reprise à RDI le samedi à 23 h, le dimanche à 13 h et à 20 h ainsi que le lundi à 2 h.