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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

En profondeur

Infections mortelles à Sainte-Justine

Plomberie problématique

Mise à jour le vendredi 27 avril 2007 à 21 h 26
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Infections mortelles à Sainte-Justine

Plomberie problématique

À partir des indices fournis par la Dre Laferrière, le chercheur Éric Déziel, de l'INRS-Institut Armand-Frappier, a eu l'idée, en décembre 2005, d'échantillonner quelques éviers de l'unité. L'eau s'en écoulait difficilement parce que les drains étaient bouchés. Un problème chronique, dont les infirmières s'étaient souvent plaintes.

Biofilm

Un biofilm prélevé dans un drain de l'unité de néonatalogie

Il a immédiatement trouvé Pseudomonas aeruginosa et a alerté la direction de Sainte-Justine. Son verdict : le nid de la bactérie était dans les drains, au fond des éviers. Plus précisément dans un biofilm, une espèce de colle vivante faite de millions de bactéries accrochées aux parois des drains et qui remontent dans les éviers lorsqu'il y a un refoulement.

En plus d'être bouchés, les drains étaient sérieusement endommagés dans plusieurs ailes de l'hôpital. Depuis la crise de Pseudomonas, l'hôpital n'a réalisé aucune rénovation majeure des drains, car il faudrait pratiquement fermer Sainte-Justine durant les travaux, ce qui est impensable. L'hôpital a donc pris des mesures temporaires, comme éloigner les bébés des éviers et un meilleur nettoyage.

Drain

Un drain de l'ancienne unité de néonatalogie

Pseudomonas aeruginosa n'était cependant pas la seule bactérie à avoir contaminé Sainte-Justine. Les bactéries contaminent « les systèmes d'eau chaude, d'eau froide, d'eau purifiée et les drains à la grandeur de l'hôpital, et ce, depuis longtemps », indique un document que nous avons obtenu. C'est que l'eau circule mal et lentement, quand elle ne stagne pas carrément. Des conditions idéales pour la prolifération de bactéries, comme la légionelle, présente dans une trentaine d'échantillons d'eau prélevés un peu partout dans l'hôpital en 2005.

C'est au-delà de ce qui est acceptable en Amérique du Nord, mais la Dre Céline Laferrière pense que c'est comparable à la très grande majorité des hôpitaux du Québec.

L'exemple de Georges-Pompidou

L'Hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris, a connu une expérience désastreuse avec la légionnelle. Dès l'ouverture de l'établissement, à l'automne 2000, la bactérie a infecté dix patients, en tuant quatre. La plupart des patients ont été infectés en prenant leur douche ou en faisant leur toilette, tout simplement.

« C'est un germe qu'on inhale, qui est généralement dans des petites gouttelettes d'eau, de brumisation de douche. Ça entraîne une pneumonie, particulièrement chez les gens fragilisés, mais pas uniquement chez les gens fragilisés », explique le Dr Guy Meyer, pneumologue.

Tuyauterie de l'Hôpital George-Pompidou

Comme la bactérie avait pu proliférer parce que l'eau chaude circulait moins bien à certains endroits, l'hôpital a administré un choc thermique au système de plomberie et a purgé l'ensemble des robinets. Il a aussi ajouté du chlore à l'eau et des filtres antibactériens aux robinets de toutes les chambres de l'hôpital. Finalement, on s'est assuré que la circulation de l'eau était constante, partout.

Georges-Pompidou a mis quatre ans à éliminer la bactérie.

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