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La face cachée de l'empire Walmart

 

ET APRÈS...
Un commentaire de Luc Chartrand


« L’aspect le plus difficile de ce genre d’enquête est de constater que la diffusion des informations que l’on a recueillies peut entraîner des conséquences néfastes qui échappent à notre contrôle. » - Luc Chartrand

Avec le caméraman Alfonse Mondello, je me suis rendu au Bangladesh en septembre 2005. Nous avons tenté d’y vérifier des allégations voulant que des enfants travaillent dans des usines du Bangladesh, où sont fabriqués des vêtements pour Wal-Mart.

Wal-Mart, le plus gros acheteur de vêtements confectionnés au Bangladesh, compte des milliers de fournisseurs qui font fabriquer leurs marchandises par des sous-traitants. Wal-Mart a élaboré un code de conduite à l’intention de ses fournisseurs pour éviter les pires abus au chapitre de l’exploitation des travailleurs et pour empêcher que des enfants soient associés à la fabrication de ses propres marques. Selon ce code, aucun enfant de moins de 14 ans ne doit travailler pour les fournisseurs de Wal-Mart.

Notre enquête a démontré que des usines du Bangladesh liées à la fabrication des vêtements Simply Basic, une marque maison de Wal-Mart, embauchaient des enfants de moins de 14 ans.

Informées de nos découvertes, Wal-Mart Canada a mené sa propre enquête et corroboré nos dires. Wal-Mart a donc immédiatement annoncé qu’elle mettait fin à tous les contrats signés avec ces fournisseurs qui étaient, a-t-elle affirmé, des sous-traitants qu’elle ne connaissait pas.

Cette réponse est loin d’être sans conséquence. Qu’adviendra-t-il des travailleurs des usines ainsi rayées de la liste des fournisseurs? Y aura-t-il des mises à pied? Retirera-t-on les enfants de ces usines pour ensuite les retrouver à la rue, dans des conditions encore plus misérables?

L’aspect le plus difficile de ce genre d’enquête est de constater que la diffusion des informations que l’on a recueillies peut entraîner des conséquences néfastes qui échappent à notre contrôle.

Cette réflexion a commencé alors même que je me trouvais au Bangladesh. Au cours de mes discussions avec des travailleurs humanitaires du Bangladesh, il m’est apparu évident que la perception du travail des enfants dans ce pays n’est pas du tout la même qu’en Occident. Ces enfants contribuent au revenu de leur famille et le sort qui les attend s’ils perdent leur emploi est souvent bien pire que celui qu’ils vivent en usine. Certains risquent de se retrouver dans des emplois plus durs, notamment comme casseurs de briques dans des cimenteries. D’autres peuvent se retrouver à la rue comme mendiants ou prostitués.

Certains militants syndicaux et spécialistes des conditions de travail dans les ateliers de misère du tiers-monde affirment que les entreprises violant leur propre code de conduite, comme celles que nous avons soulevées pour Wal-Mart Canada, devraient s’impliquer dans la recherche de solutions pour les travailleurs, y compris les enfants touchés par la fin abrupte des contrats. Ces entreprises devraient-elles indemniser ceux et celles qui vont subir les conséquences de la résiliation des commandes?

Par ailleurs, il faut aussi élargir le débat: l’indignation occidentale au sujet du travail des enfants est-elle toujours justifiée? Jusqu’à quel point ne sert-elle pas les intérêts protectionnistes des entreprises et des syndicats des secteurs menacés par la concurrence du tiers-monde?

Rien n’effraie davantage les travailleurs humanitaires et les syndicats du Bangladesh qu’un éventuel boycottage de leur pays fondé sur la dénonciation du travail des enfants. Car malgré les conditions difficiles qu’on rencontre dans la plupart des usines de ce pays, le travail reste une source d’amélioration du niveau de vie.