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La face cachée de l'empire Walmart

 

LES FAITS

C’est la fermeture du magasin Wal-Mart de Jonquière, peu après son accréditation syndicale, qui a mis la puce à l’oreille des journalistes. Anne Panasuk et Luc Chartrand, épaulés par le réalisateur Jean-Luc Paquette, ont alors décidé d’enquêter sur les pratiques du géant américain du commerce de détail envers les syndicats.

Le cas de Jonquière

Le magasin de Jonquière démentelé
Le magasin de Jonquière démantelé

Les employés du Wal-Mart de Jonquière ont obtenu leur accréditation syndicale en août 2004. Six mois plus tard, les négociations n’aboutissant pas, le gouvernement a nommé un arbitre pour imposer une convention collective. L’entreprise a alors annoncé qu’elle fermerait le magasin parce qu’il n’était pas rentable.

Anne Panasuk a retrouvé des employés qui témoignent de l’ambiance pendant les mois précédents la fermeture du magasin. Ceux qui appuyaient la syndicalisation soutiennent avoir été suivis et même espionnés. Ils ont l’impression que les caméras du magasin étaient braquées sur eux en permanence. Leurs dires sont confirmés par des agents de sécurité engagés par Wal-Mart. Ils affirment qu’on leur a demandé d’effectuer des tâches ne correspondant pas à un travail « normal ». Les agents de sécurité devaient particulièrement surveiller le meneur du syndicat, Gaétan Plourde, et d’autres employés pro-syndicat.

Employé
Gaétan Plourde
L’entreprise est même allée jusqu’à embaucher un faux employé qui avait pour principale tâche d’épier tous les faits et gestes de Gaétan Plourde. Ce faux employé affirme ne pas savoir qu’il faisait quelque chose d'illégal.

Pratiques illégales à Windsor

Le magasin de Windsor, dans le sud de l’Ontario, a été le premier Wal-Mart à se syndiquer. Les 209 employés ont obtenu leur accréditation syndicale en 1997 grâce à une décision de la Commission des relations de travail. Une majorité des employés avait voté contre la syndicalisation, mais la commission l’a accordée quand même. Elle jugeait que Wal-Mart avait eu recours au chantage et à l’intimidation pour empêcher ses employés de se syndiquer.

Quatre ans plus tard, épuisé, le syndicat a décidé de se retirer. Wal-Mart multipliait les recours judiciaires, grevant fortement les finances des TUAC. De plus, la révolte grondait à l’intérieur du magasin. Des employés mécontents multipliaient les manifestations contre le syndicat. Aujourd’hui, ces mêmes employés avouent avoir reçu de l’aide de l’entreprise pour ces activités, ce qui est formellement interdit par le Code du travail.

Employé
Certaines des employées les plus férocement opposées au syndicat ont confié à Anne Panasuk qu’un agent privé envoyé par l’entreprise leur a fourni des fonds et de l’équipement dans leur lutte contre la syndicalisation.

Leur activisme antisyndical leur a même valu une invitation du premier ministre ontarien de l’époque, Mike Harris, à l’annonce officielle de « l’amendement Wal-Mart ». Cette modification à la loi ontarienne a retiré aux commissaires le pouvoir d’accorder une accréditation syndicale sans que les employés votent.

Ce que la multinationale a réussi à faire en Ontario, elle espère aussi l’obtenir dans d’autres provinces. Elle dit défendre les droits démocratiques de ses employés. Wal-Mart soutient que la seule façon d’obtenir une accréditation syndicale devrait être par vote secret, et non par la signature de cartes de membre.

Le cas Tom Coughlin

Les attaques contre Wal-Mart viennent aussi de l’intérieur. L’ancien numéro deux, Tom Coughlin, un des premiers partenaires du fondateur, Sam Walton, est tombé en disgrâce. Il est accusé d’avoir détourné jusqu’à 500 000 $ pour des dépenses personnelles.

Employé
Thomas Coughlin soutient qu’il se faisait en fait rembourser pour des dépenses engagées lors d'activités antisyndicales, payées de sa poche pour ne pas laisser de trace. Il a notamment insinué avoir payé des représentants syndicaux pour qu’ils l’informent sur les activités dans les magasins.

Aux États-Unis aussi

Le seul magasin américain qui a réussi à se syndiquer est à Jacksonville, au Texas. Les employés du département de boucherie y ont obtenu leur accréditation en 2000. Une semaine plus tard, Wal-Mart a annoncé la fermeture de tous les services de boucherie de ses magasins aux États-Unis. Désormais, elle ne vendrait que de la viande préemballée.

Employé
Jugeant que la multinationale avait agi ainsi pour contrer le syndicat, les employés du département de boucherie ont porté leur cause devant le tribunal du travail. Ce dernier leur a donné raison, mais Wal-Mart a interjeté appel. Cinq ans plus tard, rien n’est encore réglé.

La technique du recours constant aux tribunaux est employée fréquemment par Wal-Mart. L’entreprise multiplie les recours. Elle porte très souvent en appel les décisions favorables aux syndicats, rendues par la justice.

Cela ne décourage pourtant pas les employés et les syndicats de continuer à se battre. Aux États-Unis, plus de 1,6 million de femmes employées par Wal-Mart depuis 1998 pourraient être visées par un recours collectif contre leur employeur. Les plaignantes l'accusent de discrimination quant aux salaires et aux promotions.