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    HEURE DE DIFFUSION
    Mardi 19 h 30

    REDIFFUSION SUR RDI
    Samedi 17 h 30
    Dimanche 2 h 30


    - Un déversement accidentel de mazout -
    Chauffer au mazout ou à l'électricité? Des milliers de nouveaux propriétaires se posent la question chaque année. Daniel, lui, n'avait pas à choisir. Le dépanneur qu'il a acheté est chauffé à l'électricité depuis longtemps. Il n'avait donc pas besoin de mazout, mais il s'est tout de même retrouvé avec des centaines de litres de combustible dans le sous-sol de son commerce, et avec un casse-tête financier dont il se serait bien passé.

    Journaliste: Yvan Lamontagne
    Réalisateur: Germain Thibault


    __________


    Le 15 décembre dernier, Daniel reçoit un appel d'un de ses employés, qui lui dit qu'il y a une drôle d'odeur dans le commerce. Il se rend alors au dépanneur. En descendant au sous-sol de l'immeuble, il met les deux pieds dans le mazout.

    Daniel appelle alors l'ancien propriétaire et lui demande s'il n'y a pas quelque part un ancien réservoir dont il ne lui aurait pas parlé. « C'est lui qui m'a dit: ''Tu dois avoir eu une livraison de mazout''. »

    Daniel n'attendait pourtant aucune livraison de mazout. Le commerce qu'il possède depuis moins de 2 ans à Lévis est chauffé à l'électricité depuis 27 ans. Le réservoir de combustible de l'ancien système de chauffage a donc été enlevé du sous-sol depuis fort longtemps. Cela n'a pas empêché une compagnie de lui livrer 840 litres de mazout par un tuyau encore existant, mais condamné.

    « C'est rentré avec une pression de 200 litres par minute, explique-t-il. Comme une chute. »

    Daniel contacte d'urgence la compagnie de livraison de mazout. Le responsable des opérations se rend sur place constater les dégâts. « Cette nuit-là, j'ai eu une bonne collaboration, souligne Daniel. Il a dit: ''Il n'y a pas de problèmes, on va payer pour tout. J'ai une bonne compagnie d'assurances, ne t'inquiète pas''. »

    Huit cent quarante litres de mazout, c'est presque un réservoir complet, ou l'équivalent de 46 contenants de 18 litres chacun. Dans le sous-sol, qui sert d'entrepôt, les dégâts sont considérables. Il faut jeter pour plus de 60 000 $ de marchandise, dont 2000 caisses de bière, soit toute la réserve du temps des fêtes.

    « Toutes les palettes trempaient dans le mazout, toute la marchandise trempait dans le mazout, dit Daniel. Et les odeurs. Même ce qui n'avait pas été touché sentait le mazout. Le carton sentait, la bouteille elle-même sentait. On ne pouvait pas vendre ça à un consommateur, qui l'aurait ouverte et se la serait mise directement dans la bouche. »

    Des travaux qui ne peuvent attendre

    Une bête erreur bête est à l'origine de ces dommages considérables. Le livreur s'est trompé d'adresse. Il devait livrer son mazout au numéro 25, mais c'est plutôt le 5 qui l'a reçu.

    Une telle quantité de combustible rend vite l'endroit insupportable. Les odeurs incommodent les clients, le personnel du dépanneur et les locataires qui habitent au-dessus du commerce. Le responsable des opérations de la compagnie de livraison organise donc les premiers travaux de nettoyage le soir du sinistre. Son aide est toutefois de courte durée.

    « Il m'a dit: ''Organise-toi. Mon assureur m'a dit de ne plus me mêler de rien. C'est lui qui a le dossier entre les mains, et si je m'en occupe, je vais devoir régler les factures. Alors, je ne touche plus à rien'' », raconte Daniel.

    Le temps presse pour ce dernier. Une grande quantité de mazout n'a pu être récupérée et s'est infiltrée dans le sol. Le dépanneur, c'est son gagne-pain. Il ne peut attendre des semaines ou même des mois que l'assureur évalue les dommages et prenne en charge la décontamination. Il contacte donc les experts de Symbiose consultants inc. pour démarrer immédiatement les travaux.

    La victime doit payer les travaux elle-même

    « On parle ici d'une situation d'urgence environnementale, affirme Claude Champagne, de Symbiose consultants inc. On avait une terre assez solide, une terre dure, compacte, et, malgré tout, on a dû excaver le sol à une profondeur de 1,25 mètre, soit à peu près 4 pieds, dans le fond de cave de [Daniel]. »

    Excaver le sol à une telle profondeur dans un vieil édifice coûte souvent plus cher que prévu. Les fondations doivent être renforcées, ce qui allonge la durée des travaux. La compagnie de livraison de mazout soutient qu'elle ne peut payer et qu'elle doit remettre le dossier à son assureur. Daniel doit sortir 100 000 $ de ses poches. Il prétend que la compagnie de livraison aurait dû payer.

    Claude Champagne
    « En principe, ça ne devrait rien lui coûter parce qu'il n'est pas responsable du dégât, fait remarquer Claude Champagne. Pour le moment, c'est lui qui joue le rôle de la banque dans ce dossier. »

    « Si je n'avais pas payé, mon commerce serait fermé aujourd'hui, on n'en parlerait plus, ajoute Daniel. Il y aurait eu des odeurs dans le commerce, les clients seraient partis un à un, et je me serais retrouvé tout seul derrière ma caisse. »

    Un livreur inexpérimenté

    Dix semaines après le déversement accidentel, on coule une nouvelle dalle de béton dans le sous-sol du commerce de Daniel. Toutes les demandes d'entrevues de La facture avec les dirigeants de la compagnie de livraison de mazout et son assureur ont été refusées. Ils ont indiqué, dans une lettre, que l'événement est malheureux, mais qu'aucun règlement n'est envisageable avant que la responsabilité ne soit officiellement établie.

    Selon Daniel, la compagnie avait pourtant reconnu sa responsabilité au départ. « Le premier soir, ils l'ont reconnue explicitement devant moi. Le lendemain, le discours n'était plus le même. »

    Un des livreurs de l'entreprise, à son emploi depuis 21 ans, a avoué avec candeur à La facture que le livreur responsable de l'incident venait tout juste de finir sa formation. « Je ne comprends pas pourquoi il a fait ça, dit-il. C'était le premier soir qu'on le laissait seul. On s'est dit que, au bout de trois mois, on pouvait le laisser seul. Il s'est trompé d'adresse. »

    Ce que Daniel, lui, a du mal à comprendre, c'est la succession d'erreurs du livreur. D'abord l'adresse, puis le déversement du mazout dans un tuyau condamné depuis longtemps. « C'est plein de peinture, c'est impossible à ouvrir », soutient-il. Le livreur a d'ailleurs dû forcer l'embouchure du tuyau pour déverser le mazout. La pièce s'est brisée et s'est même séparée du reste du tuyau.

    De son côté, Michel s'interroge aussi sur le fait que son collègue ait déversé 840 litres de mazout sans respecter la règle élémentaire du sifflement. Lorsque le mazout pénètre dans un réservoir, l'air qui s'échappe produit en effet un sifflement bien distinct.

    « Le sifflement, c'est ce que tu apprends au début, affirme-t-il. Je ne comprends pas pourquoi il n'a pas arrêté. Dès le départ, il aurait dû arrêter. Ça va rester un mystère. Il faudrait lui poser la question à lui. »

    La facture a parlé au livreur responsable du déversement, que l'entreprise a congédié en raison de cet incident. Au téléphone, il a confirmé en être l'auteur, mais il a refusé d'en parler devant la caméra.

    Québec du côté de la victime

    Pour le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs du Québec, la responsabilité dans ce dossier ne fait aucun doute.

    « Pour nous, la compagnie responsable, c'est [la compagnie de livraison de mazout]. C'est pour cette raison que nous les avons mis en infraction », souligne Michel Rousseau.

    Michel Rousseau
    Toujours selon le Ministère, en refusant d'effectuer la décontamination complète des lieux, la compagnie contrevient à l'article 9 du règlement sur les matières dangereuses.

    « La personne responsable d'un déversement doit le récupérer et récupérer le matériel contaminé, ce qu'ils n'ont pas fait et qu'ils auraient dû faire, poursuit Michel Rousseau. L'amende varie entre 6000 $ et 500 000 $. Évidemment, ce sont les tribunaux qui décident. C'est le juge qui, s'il y a effectivement condamnation, fixe l'amende. »

    Après les tracas, la poussière et les odeurs, les travaux sont terminés chez Daniel. Son énergie et sa détermination ne serviront maintenant qu'à un seul objectif: se faire rembourser toutes ses dépenses.

    « J'ai mis ça entre les mains d'un avocat, dit-il. Jamais je ne n'accepterai un règlement inférieur à ce que ça a coûté, plus les préjudices. Jamais, jamais, jamais. »

    En conclusion

    Daniel a déboursé 193 000 $ pour la décontamination. Avec tous les inconvénients que le déversement d'huile lui a causés, il réclame 250 000 $ aux responsables.

    L'assureur de la compagnie de livraison vient de lui offrir 200 000 $. Daniel a refusé et a présenté une contre-offre. La facture suit le dossier.



    Hyperlien
    Protection des sols et réhabilitation des terrains contaminés
    Section du site Internet du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs du Québec



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