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    NOS COORDONNÉES

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    La Facture
    Société Radio-Canada
    1400 René-Lévesque Est,
    3e étage
    Montréal (Québec)
    H2L 2M2

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    514 790-2636 ou
    1 800 790-2636

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    HEURE DE DIFFUSION
    Mardi 19 h 30

    REDIFFUSION SUR RDI
    Samedi 17 h 30
    Dimanche 2 h 30


    - La commercialisation à paliers multiples -
    L'argent facile, l'argent qui pousse dans les arbres, vous y croyez? Bien sûr que non! Jusqu'au jour où un ami vous emmène à une réunion où 10, 15, 20 personnes vous racontent leur histoire et vous disent combien il est facile de faire 50 000 $ et plus par année en travaillant à temps partiel. Attirant, non? Beaucoup s'y laissent prendre, et beaucoup sont amèrement déçus! Vous trouvez que ça sent la vente pyramidale? Eh bien non! C'est différent et c'est légal, même si on vous en promet parfois beaucoup.

    Journaliste-réalisateur: Maxime Poiré

    __________


    Gwendalina habite près de Rivière-du-Loup. Il y a un an, un couple d'amis les convainc, elle et son conjoint, d'adhérer au système Quixtar.

    « Tous les soirs, il faut que tu ailles voir des gens. Tous les soirs, tu arrives chez toi, tu manges, ensuite tu peux écouter une cassette un petit peu pour te motiver, mais après ça, tu cours partout, raconte-t-elle. Tu vas voir ton monde, tu fais des appels du genre: ''J'ai quelque chose pour toi, as-tu une demi-heure, une heure à me consacrer?'' »

    « Pour moi, c'est une pyramide, ajoute-t-elle. C'est légal, mais c'est une pyramide parce qu'il faut trouver des gens, et il faut trouver des gens qui trouvent des gens à leur tour. Ça n'arrête plus. »

    Malgré ses efforts, Gwendalina n'a réussi à recruter qu'une seule personne en six mois: sa belle-mère. Pendant cette période, tout ce qu'elle a fait, c'est acheter des produits pour sa consommation personnelle par l'intermédiaire de Quixtar, et payer pour sa formation au système.

    « J'ai peut-être reçu 20 $, en tout, durant toute cette période. »

    Recruter pour encaisser

    À Lac-Mégantic, en Estrie, Lucie a été approchée par une connaissance pour participer à Quixtar. Voici comment on lui a expliqué le système.

    « La première année, dit-elle, ça me coûtait 190 $ pour être membre, pour avoir mon entreprise. Puis, j'achetais des produits d'usage courant: papier de toilette, savon. »

    Quixtar est un immense centre commercial virtuel. Ce n'est pas un système de vente de produits porte à porte. Chaque participant peut, par Internet ou par catalogue, se procurer lui-même à peu près de tout pour sa consommation personnelle en magasinant sur le site de la compagnie. Une commission en argent lui est ensuite versée périodiquement en fonction du volume de ses achats.

    Mais, si on veut gagner davantage, il ne faut pas s'arrêter là.

    « Si j'avais, comme ils disent, de l'ambition, ajoute Lucie, j'irais recruter des membres et je faisais des profits plus rapidement. »

    Là où ça peut devenir payant, c'est quand on commence à trouver de nouveaux membres. Lorsqu'une personne qu'on a recrutée achète des produits chez Quixtar, on touche alors une commission supplémentaire. Plus on amène de gens dans son réseau, et plus ces gens recrutent à leur tour, plus on fait de l'argent. C'est ce qu'on explique aux éventuels participants.

    « J'ai commencé à me poser des questions, avoue Lucie. J'ai tout de suite pensé à de la vente pyramidale, que ce n'était pas légal. »

    Rémunération promise et rémunération réelle

    Au Canada, on ne considère pas Quixtar comme un système de vente pyramidale, mais plutôt comme un système de commercialisation à paliers multiples au sens de la Loi sur la concurrence. Il s'agit d'une pratique commerciale légale, mais très encadrée.

    Par exemple, il est interdit de faire des déclarations exagérées quant à la rémunération offerte par le système à d'éventuels participants. Et c'est là que se trouve le problème.

    « On nous a dit: ''Qu'est-ce que Quixtar apporte? Ça apporte un revenu additionnel, une liberté financière, le fait de posséder sa propre entreprise'', déclare Gwendalina. On nous a dit: ''Dans quatre ans, t'es capable de faire 100 000 $'' »

    Gilles Vachon est psychologue. Il se spécialise dans l'analyse des organisations. La facture lui a demandé son avis général sur ce type de pratique commerciale.

    « Ça opère à peu près toujours avec les mêmes modèles, répond-il. On exploite beaucoup la naïveté des gens, on leur promet monts et merveilles, et, évidemment, au bout d'un certain temps, l'insatisfaction apparaît. »

    Des dépenses imprévues

    Mais d'où vient Quixtar? C'est une compagnie américaine fondée en 1999 par le groupe Alticor, qui possède aussi la compagnie Amway. Aujourd'hui, on entend moins parler d'Amway, et Quixtar est le navire amiral du groupe au Canada.

    On retrouverait, dans ce système de commercialisation à paliers multiples, près de 40 000 personnes au Canada. Chez Quixtar, on les appelle les PCI, des propriétaires de commerces indépendants. Ce sont des gens, comme Gwendalina, qui achètent et qui tentent de recruter d'autres PCI aussi, dans l'espoir d'avoir plus de commissions. Mais la réalité les rattrape souvent assez rapidement.

    « Il faut travailler, il faut appeler des gens, il faut dépenser de l'argent, souligne Gwendalina. Ils ne nous disent pas, au début, que ça coûte cher les revues, les livres. Ils ne le disent pas. Ça a l'air beau, tu te contentes de trouver des gens et de commander, mais il y a les revues et les séances de formation. Ça coûte de l'argent. »

    Personne n'est obligé de le faire, mais partout dans l'univers Quixtar, il est question de formation pour devenir un meilleur PCI. En plus de l'inscription de départ, qui coûte près de 200 $, on vend des livres, des cassettes et des vidéos aux recrues pour les motiver et les aider à progresser.

    Des conférences payantes pour motiver et recruter

    Gilles Vachon
    Pour stimuler les troupes et recruter de nouveaux membres, des conférences payantes sont aussi organisées régulièrement, aux quatre coins du Québec, par des PCI. La facture a assisté à deux de ces rencontres tenues dans des hôtels de la région de Québec.

    En général, les organisations bien structurées maîtrisent l'art d'organiser ce type d'événement, comme le souligne Gilles Vachon.

    « Ça suit une séquence dramatiquement efficace. Il va y avoir de la musique entraînante. Il y a ce qu'on peut appeler des meneuses de claques, payées pour applaudir au bon moment, explique-t-il. Ou encore, des gens parfois très convaincus vont applaudir à l'idée que, ça y est, vous allez faire 100 000 $. Tout le monde se lève, enthousiaste, comme si c'était déjà fait! »

    « Il y a la musique, le discours, l'image des gens en avant, la pression du groupe pour se conformer. Quelqu'un dit: ''Nous allons applaudir'' et tout le monde se met à applaudir, ajoute-t-il. Quand vous êtes dans une situation comme celle-là, le citoyen le plus mature peut voir son sens critique s'émousser un peu. »

    Lucie s'est méfiée et elle a finalement décidé de ne pas adhérer à Quixtar, non sans s'être fait dire qu'elle passait à côté de beaucoup d'argent.

    « [La personne de ma connaissance] est revenue avec son associé, qui était un vrai beau parleur, raconte-t-elle. Il m'a répété la même chose: que je ferais beaucoup d'argent, que, d'ici cinq ans, j'aurais un troisième salaire de 50 000 $ qui entrerait comme ça, seulement en achetant des choses courantes et en recrutant des membres à l'occasion. »

    De fausses promesses?

    L'enquête de La facture a permis de constater que ces promesses de revenus élevés étaient monnaie courante. En fait, on ne se gêne pas pour laisser miroiter beaucoup, beaucoup d'argent. Pour ce faire, on cite en exemple ceux qui ont atteint le niveau émeraude dans l'organisation, soit ceux qui font annuellement 100 000 $ et plus. Au niveau diamant, c'est encore plus: au moins 500 000 $ par année.

    « Ils nous montrent toujours les plus riches et les meilleurs, affirme Gwendalina. Ils ne nous montrent pas ceux qui, comme nous, sont au bas de l'échelle et travaillent. Ce sont les plus hauts, et ceux qui ont de l'argent et qui réussissent, qu'ils nous montrent. »

    Quixtar ne cache pourtant rien. Si les participants comme Gwendalina se donnaient la peine de lire leur contrat, ils constateraient qu'à la toute dernière ligne, il est écrit que le revenu moyen d'un PCI actif au Canada est de 181 $ par mois, soit à peine plus de 2000 $ par année. On est donc très loin des exemples donnés durant les conférences.

    L'un des chefs de file des PCI qui vendent des cassettes et qui organisent des conférences au Québec a refusé de parler à La facture. Le président de Quixtar Canada, Jim Hunking, a de son côté préféré le faire par écrit. Il confirme que la majorité des participants à Quixtar ne font pas fortune.

    « [.] Un commerce soutenu par Quixtar peut s'avérer lucratif pour certains, [mais] pour la plupart des personnes, il représente le moyen d'atteindre des objectifs plus modestes », écrit-il.

    Peu de plaintes

    Malgré tout, peu de gens se plaignent officiellement de Quixtar.

    « Il est certain que si j'allais me plaindre d'avoir été embrigadé dans un système comme celui-là, d'avoir dépensé 1000, 2000 $ en formation dans un truc qui devait faire de moi un millionnaire, peut-être que j'aurai l'air fou. J'aurai l'air fou de dire: ''Personne ne m'a obligé, j'ai fait tous les pas moi-même'' », souligne Gilles Vachon.

    Au Bureau de la concurrence du Canada, on a refusé de dire à La facture si des plaintes avaient été reçues ou non au sujet de Quixtar. La seule information qu'on a accepté de donner, c'est que Quixtar n'a jamais été accusé de quoi que ce soit en vertu de la Loi sur la concurrence.

    Finalement, ce qu'on peut certainement dire, c'est qu'un immense fossé sépare les promesses de la réalité.

    « Il faut que tu trouves des gens qui veulent s'engager, c'est ça le problème, soutient Gwendalina. Il faut que tu en dépenses, de l'argent, il faut que tu en achètes, des produits. »

    « Dès que ça a l'air magique et que votre premier réflexe est de vous dire que c'est trop beau pour être vrai, faites-vous confiance, vous êtes encore sain d'esprit! » conclut Gilles Vachon.

    En conclusion

    Si vous croyez avoir été lésé par une compagnie pratiquant le commerce à paliers multiples, il y a tout de même quelque chose à faire. Vous pouvez porter plainte au Bureau de la concurrence du Canada.

    La loi précise que, quand six résidents canadiens ont porté plainte dans un même dossier, le Bureau de la concurrence doit ouvrir une enquête.



    Hyperliens
    Bureau de la concurrence du Canada

    Loi sur la concurrence



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