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- Une plantation de cannabis dans votre maison? 1re partie -

12 septembre 2006 - Pour commencer la saison, La facture propose une enquête sur les maisons utilisées par les groupes criminels pour cultiver de la marijuana. Combien y a-t-il de ces maisons au Québec? Selon la police, il y en aurait au moins 5000. Que fait-on de ces maisons une fois qu’elles ne servent plus à la culture du pot? On les revend, bien maquillées, et les consommateurs les achètent en toute ignorance. Et le taux d’humidité élevé qui y a été maintenu pour faire la culture du cannabis peut y avoir fait de gros dommages.

Journaliste: Julie Vaillancourt
Réalisateur: Louis Faure


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« Huit, dix mois d'incertitude, ça ne se calcule pas en argent. Ça ne se décrit pas combien ça a pu être éprouvant. Nous y avons laissé une partie de notre santé. »
- Julie


Au début de l'été 2005, Frédéric, Julie et leurs deux jeunes enfants ont dû se réfugier chez les beaux-parents. Ils avaient pourtant une nouvelle maison bien à eux, mais elle s'est vite révélée inhabitable.

« C’était ça ou la faillite, ce n’est pas compliqué, soutient Julie. Nous ne pouvions pas payer l’hypothèque d’une maison vide et pourrie, et payer un appartement. Et il n’y a personne qui voulait nous la racheter, cette maison. »

En faisant des rénovations, le couple a découvert un problème majeur. En défaisant les murs du sous-sol, il a trouvé de la laine isolante toute noircie.

« C’était dans tout le sous-sol, vraiment tout le sous-sol. Peu importe où nous ouvrions, c’était ce qu’il y avait derrière, se souvient Julie. Il y avait une odeur d'humidité importante. Ça jetait à terre. Quand nous enlevions un panneau, c’était à faire lever le cœur. »

Infestée de moisissures

Pour savoir à quoi ils avaient affaire, Frédéric et Julie ont appelé un laboratoire privé à la rescousse. Avant même d'avoir étudié les échantillons prélevés sur place, le chimiste qui a effectué les analyses, Luc Salm, a recommandé d'évacuer la maison temporairement.

« Dans l’état où elle était, la maison n’était pas habitable, dit-il. On ne pouvait pas recommander d’avoir des enfants là-dedans et d’y habiter normalement. »

« Nous avons été sous le choc un certain temps, admet Julie. D’abord à la pensée que nous venions de passer un mois à respirer les moisissures. Ensuite, de savoir qu’il y en avait partout. Il y en avait tant au rez-de-chaussée qu’au sous-sol, et ce n’était pas les mêmes espèces. Finalement, il y avait toutes sortes de colonies dans la maison. »
Les analyses ont révélé que ces moisissures pouvaient produire des mycotoxines, une substance toxique pour le corps humain. À court terme, les effets des moisissures sont de nature respiratoire: asthme, difficulté à respirer, irritation des yeux et du nez. À long terme, ils peuvent être plus graves.

« Les effets les plus graves sur la santé peuvent être de nature hépatotoxique (ndlr: nocif pour le foie), cancérigène pour certains, à cause des mycotoxines qui peuvent être générées », explique Luc Salm.

Culture de drogue?

Germain Fréchette
Ces conclusions ont évidemment effrayé le couple. Mais qu'est-ce qui pouvait avoir produit autant de moisissures?

L'ingénieur Germain Fréchette, un spécialiste des maisons contaminées, a visité la maison de Frédéric et Julie de fond en comble afin de trouver un indice. Selon lui, dans les deux années qui ont précédé l’achat de la résidence, le taux d’humidité devait y être autour de 80-85 %, ce qui est anormalement élevé.

Il avait une idée de la raison pour laquelle il y avait eu autant d'humidité dans la maison. Il a donc demandé à Frédéric de faire une dernière vérification.

« Je lui ai suggéré de regarder dans l'entretoit pour voir s’il n’y avait pas quelques artifices ou quelques indices montrant que le mât électrique aurait été trafiqué. »

Frédéric et Julie ont alors compris que l’ingénieur cherchait à savoir s'il n'y avait pas eu culture de drogue dans la maison.

« Nous sommes tombés en bas de notre chaise », avoue Julie.

Des indices

Frédéric a donc cherché des indices et il a découvert qu’on avait découpé une ouverture de quatre pieds carrés dans l’entretoit. En enlevant la laine isolante, il a vu que le mât de l'entrée électrique était coupé et qu’il avait effectivement été trafiqué.

Les trafiquants de drogue détournent habituellement le courant électrique pour qu'Hydro-Québec ne repère pas leur consommation excessive. Les lampes de 1000 à 2000 watts qu'ils utilisent pour faire pousser du cannabis consomment en effet énormément d'électricité.

« Si on regarde le mât électrique qui a été trafiqué et si on regarde les endroits où se trouvait la moisissure dans la maison, on se retrouve sans doute avec une opération de serre hydroponique, une culture de marijuana », avance Germain Fréchette.

Et quand une plantation de cannabis génère des moisissures, il n'y a qu'une seule solution: décontaminer. Selon le laboratoire privé avec lequel Frédéric et Julie ont fait affaire, il fallait ouvrir les faux planchers, laver le béton, brosser les morceaux de bois, jeter les matériaux mouillés et décontaminer le tour des fenêtres.

Devant l'ampleur de la tâche, le couple a carrément préféré démolir la maison.

Vice caché

Frédéric et Julie ont aujourd'hui la certitude qu'ils ont acheté une maison avec un vice caché impossible à repérer avant l'achat.

« Il a fallu que nous défassions des murs avant de voir quelque chose qui n'allait pas », rappelle Julie.

Le couple a finalement construit une toute nouvelle maison et il poursuit maintenant les anciens propriétaires ainsi que l'agent immobilier qui lui a vendu la propriété. Seulement pour la décontamination et la construction de sa nouvelle résidence, il réclame 77 000 $.

« Nous sommes convaincus d’avoir raison, nous sommes convaincus que nous nous sommes fait avoir et qu’il y a eu culture de drogue dans cette maison, affirme Julie. En fait, la cour en décidera, mais disons que le doute nous fait vraiment pencher de ce côté-là. »

En conclusion

Il n’y a jamais eu de perquisition dans la maison de Frédéric et Julie. On n'y a pas trouvé de plans de pot. La seule preuve qu'elle aurait pu servir à la culture de cannabis, c'est le rapport des experts du laboratoire privé. Le couple devra donc s'adresser aux tribunaux et poursuivre pour le vice caché que constituent les moisissures.

Démolir et reconstruire sa maison n'est toutefois pas la seule option. On peut aussi la décontaminer. Et selon le Bureau des assurances du Canada, le coût moyen de la décontamination d'une résidence ayant servi à la culture de marijuana est de 41 000 $.

 

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