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- Une plantation de cannabis dans votre maison? 2e partie -

12 septembre 2006 - Les groupes criminels qui revendent une maison ayant servi à la culture de cannabis sont très habiles. La maison est repeinte et rénovée. Les agents immobiliers qui sont au courant ont l'obligation d'en avertir leurs clients. Malheureusement, certains agents ferment carrément les yeux. Leur propre association croit même que des agents sont de connivence avec les groupes criminels. Ceux qui en savent beaucoup et qui ne disent rien, ce sont les policiers. Ils trouvent de la marijuana dans des centaines de maisons, mais cette information n’est pas largement diffusée.

Journaliste: Julie Vaillancourt
Réalisateur: Louis Faure


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« Ce n’est plus la petite maison qui vaut 45 000 $ qui est prise comme cible. On va aller chercher la maison que monsieur Tout-le-Monde va acheter, donc la propriété de 150 000 $ à 250 000 $, souligne le lieutenant Gilles Drolet, de la Sûreté du Québec. Ça arrive régulièrement qu’on retrouve des plantations là-dedans. »

Les maisons recherchées par les trafiquants de drogue ont aussi en commun d’avoir presque toutes un garage communicant avec le sous-sol, ce qui permet d’entrer ou de sortir de l’équipement ou des substances sans attirer l’attention.

Des plantations de marijuana, il y en aurait dans au moins 5000 maisons au Québec. Un faible pourcentage d’entre elles est repéré par les policiers. Par exemple, il y a eu des perquisitions dans seulement 846 résidences en 2005. Des maisons dont les occupants ignorent bien souvent les antécédents.

Le fait que des résidences utilisées par des trafiquants soient revendues sans que personne soit mis au courant préoccupe l'Association des courtiers et agents immobiliers du Québec (ACAIQ). Cette dernière a donc mis sur pied un plan d'action pour éviter que les agents immobiliers trempent dans ce genre de commerce.

« Premièrement, pour avertir les agents qu’ils pourraient être appelés à travailler sur ce type de résidences, explique le président ACAIQ, Robert Nadeau. Deuxièmement, pour coincer dès le départ, le plus possible, les courtiers qui collaborent avec des réseaux criminels à l’achat ou à la revente de ces propriétés. »

Quatre agents immobiliers épinglés

Depuis trois ans, quatre agents immobiliers ont été épinglés par l'ACAIQ. Deux sont suspendus, alors que les deux autres ont carrément perdu leur droit de pratique.

L'un de ceux-là a vendu une maison à Thérèse et à son mari en 2004 à Repentigny. Quelques mois après que le couple y ait emménagé, l'ACAIQ lui a appris une mauvaise nouvelle: l’agent immobilier lui a vendu, sans le lui dire, une maison ayant déjà servi à la culture de marijuana.

« La minute qu’il a su que la maison était sous enquête, mon mari a commencé à être malade. Ça l’a épouvantablement stressé, raconte Thérèse. On dit souvent qu’un grand stress déclenche un cancer qui peut être latent depuis des années, n’est-ce pas? Je pense que c’est ce qui lui est arrivé. »

Effacer les traces

Quatre mois avant que Thérèse et son mari achètent leur maison, la Sûreté du Québec y avait effectué une perquisition. Trois cent vingt et un plants de cannabis, répartis dans tout le sous-sol de la résidence, avaient alors été saisis. De gros barils remplis d'eau servaient à irriguer la plantation. Dès que les policiers ont ouvert la porte du garage, l'humidité s'est échappée.

Lieutenant Gilles Drolet
« L’enquête a démontré que c’était du crime organisé et que c’était de souche asiatique, révèle le lieutenant Drolet. Il y avait deux cycles de production qui fonctionnaient à cet endroit. Environ les deux tiers des plants étaient déjà à maturité, donc âgés de 16, 18 semaines, et il y avait une autre génération en croissance. On parle donc d’un potentiel d’humidité énorme. »

Thérèse et son mari étaient inquiets. Ils ont fait faire une analyse qui a révélé qu'on avait fait disparaître toute trace de culture de marijuana avant que la maison tombe entre leurs mains.

« Nous nous sommes aperçus que tous les murs du sous-sol avaient été changés. Ils ont tout isolé avec un nouvel isolant. »

Radié à vie

Pour savoir ce qui s'est réellement passé, La facture a interrogé celui qui a vendu la maison à Thérèse. Il a été agent immobilier pendant une quinzaine d'années et il prétend qu'il ne savait pas qu'il y avait eu de la culture de marijuana dans cette propriété.

Sauf que sept autres maisons qu’il a achetées et revendues ont fait l’objet d’une perquisition par les policiers: cinq à Repentigny, une à Saint-Jean-sur-le-Richelieu, une autre à Châteauguay. Dans chacune d'elles, ils ont découvert des plantations de cannabis.

L’ex-agent immobilier se défend aujourd'hui en disant que tout ce qu'il faisait, c'était de repérer des maisons qui correspondaient aux critères de ses clients.

« Dans le cas de [cet agent], la preuve était assez forte pour démontrer qu’il connaissait très bien l’état de la situation et que c’était en toute connaissance de cause qu’il leurrait les nouveaux acheteurs ou qu’il leurrait les propriétaires vendeurs lors de l’achat », souligne Robert Nadeau.

Aujourd'hui, cet homme est radié à vie par l’ACAIQ pour avoir vendu des maisons, alors qu'il savait ou aurait dû savoir qu'on y avait fait la culture de marijuana.

« Ce que je ne trouve pas correct, c'est que le corps policier le savait, l'hôtel de ville le savait et ils ont laissé ceux qui ont fait la culture revendre leur maison sans aucun problème, dit Thérèse. Pourquoi ces maisons-là ne sont-elles pas saisies pour que d’honnêtes citoyens, comme nous, ne se fassent pas prendre dans une telle ''gammick''. »

Aux citoyens de faire enquête?

Quoi qu'en pense Thérèse, les municipalités n'ont jamais accès à ce type d'information. Ceux qui détiennent la clé, ce sont les policiers. Ils informent le propriétaire au moment de la perquisition, mais ils n’ont aucun moyen de s’assurer que l'information est transmise aux futurs acheteurs.

« C'est à peu près impossible d’assurer un suivi sur une démarche semblable, admet le lieutenant Drolet. Avec le nombre de perquisitions qui sont faites chaque année, que ça soit en production de cannabis ou pour d’autres infractions criminelles, il serait difficile d’aviser tout le monde de ce qui s’est passé à telle ou telle adresse. »

Les policiers conseillent donc aux acheteurs qui veulent de l'information sur une maison de se rendre au palais de justice. La facture a fait le test avec l'adresse de Thérèse et s’est fait dire qu’il y avait effectivement eu production de cannabis et perquisition policière à cet endroit.

« C’est difficile quand vous n’êtes pas dans ce milieu et que vous n’y connaissez rien, proteste Thérèse. Je trouve ça irréaliste de nous dire que nous aurions dû faire une telle chose. Si quelqu’un nous avait avertis, nous l’aurions fait. Mais il n’y a jamais personne qui nous a parlé de ça. »

L'ACAIQ réclame un registre

Robert Nadeau
L'ACAIQ trouve aussi la situation inacceptable. Elle réclame d’avoir accès à un registre de toutes les maisons ayant fait l’objet d’une perquisition.

« Si un tel registre existait, c’est sûr qu’un courtier ou un agent de bonne foi pourrait informer directement le public », croit Robert Nadeau.

Pour Thérèse, il est toutefois trop tard. Elle a revendu sa maison à rabais. Même si la propriété n'était plus contaminée au moment où elle l'a achetée, elle valait beaucoup moins cher du simple fait qu'elle avait déjà abrité une plantation de cannabis.

« Nous savions bien que le jour où nous voudrions vendre la maison, nous ne pourrions pas le faire selon la valeur du marché. Nous étions certains qu’il faudrait baisser le prix. Nous, nous n’avons pas su qu’il y avait un vice caché, mais nous, nous sommes obligés de le dire. »

En conclusion

Thérèse avait fait faire une étude sur la qualité de l'air dans sa maison. Les frais de cette étude lui ont été remboursée par le fonds d'indemnisation de l'ACAIQ. Ce fonds peut indemniser un client victime d'un agent immobilier jusqu'à concurrence de 15 000 $.

Le ministère de la Sécurité publique du Québec trouve très intéressante la suggestion de l'ACAIQ de tenir un registre des maisons où la police a trouvé du cannabis. On étudie en ce moment la façon de mettre un tel registre en place.

 

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