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- Le mystère Coffin -
Wilbert Coffin
En 1956, le Gaspésien Wilbert Coffin est pendu pour le meurtre de trois touristes américains. Bien des gens ont dit qu’il n’était pas vraiment coupable. Des chansons et des livres ont été écrits sur le sujet. Il y a même eu une commission d’enquête dans les années 60. Jean-Claude Labrecque en a fait un film en 1980, L’affaire Coffin. Aujourd’hui, cette histoire refait surface. Une équipe d’Enjeux se plonge dans les procédures judiciaires qui ont conduit à la pendaison du Gaspésien. Nous avons consulté des montagnes de documents. Nous y avons découvert des faits et des personnages méconnus, qui donnent un éclairage nouveau sur le mystère Coffin. Nous avons aussi rencontré plusieurs personnes qui ont joué un rôle dans cette affaire.

Un rappel des faits

Les chasseurs américains
Le 10 juin 1953, trois chasseurs américains, Eugène Lindsay, son fils Richard et un ami de ce dernier, Frédérick Claar, tombent en panne avec leur camionnette dans la forêt gaspésienne. Ce même jour, Wilbert Coffin quitte Gaspé pour se rendre à sa concession minière. Il croise les touristes en panne. Il se rend à Gaspé avec un des chasseurs pour acheter une pompe à essence, et les deux hommes retournent dans la forêt. Deux jours plus tard, Wilbert Coffin quitte Gaspé pour rejoindre sa compagne, Marion Petrie, et son fils, James, à Montréal. Tout le long du chemin, il dépense beaucoup d’argent, se saoule et prend plusieurs fois le fossé. Le 10 juillet 1953, on découvre la camionnette des touristes américains dans la forêt. Quelques jours plus tard, on trouve leurs cadavres. À Montréal, la police cherche Coffin. Dans sa déposition, Marion Petrie déclare que son conjoint est arrivé de Gaspé en état d’ébriété, et qu’il avait en sa possession de nombreux objets appartenant aux chasseurs. La police en récupère d’ailleurs dans l’appartement de Petrie. Elle soutient que Wilbert lui aurait dit que les trois chasseurs étaient seuls dans la forêt quand il les a quittés. Le 10 août, Wilbert Coffin est arrêté.

Ce n’est que le début de longues procédures judiciaires. Il y a l’enquête du coroner, suivie de l’enquête préliminaire. Vient ensuite le procès, l’été suivant, à Percé. Wilbert Coffin fait face à un juré mixte, composé de six anglophones et six francophones. La Couronne fait entendre 80 témoins. La défense essaie, en vain, d’empêcher le témoignage compromettant de Marion Petrie. Après 15 jours de procès et une demi-heure de délibérations, les jurés rendent leur verdict: coupable. En juillet 1955, la Cour d’appel confirme le verdict du jury de Percé. En septembre, la Cour suprême refuse d’entendre l’appel. Mais à la demande du gouvernement canadien, les juges du plus haut tribunal au pays donnent leur avis sur cette cause. Cinq des sept magistrats auraient confirmé le verdict de culpabilité. Le 10 février 1956, Wilbert Coffin est pendu à la prison de Bordeaux, quatre ans avant l’abolition de la peine capitale.

Était-il vraiment coupable?

Deux mois avant sa pendaison, Wilbert Coffin donnait sa version des faits dans une déclaration de 16 pages. Il y admet avoir volé plusieurs objets des chasseurs. Il nie avoir volé l’argent et avoir tué les Américains. Il affirme avoir vu deux autres hommes en jeep, des Américains, discuter avec les Lindsay.

Au début des années 60, l’affaire Coffin revient sur le tapis, notamment grâce à Jacques Hébert, qui a écrit un deuxième livre sur le sujet: J’accuse les assassins de Coffin. Les médias en parlent. Le gouvernement libéral de Jean Lesage réagit à toutes ces attaques contre l’appareil judiciaire au temps de Duplessis, et ouvre une enquête. La commission Brossard entend 214 témoins et dure 67 jours. Elle conclut au bien-fondé du verdict de culpabilité prononcé contre Wilbert Coffin.

L’affaire refait surface

Micheline Cabot
Il y a un nouveau rebondissement dans cette affaire en novembre 2006. Le journal The Gazette montre du doigt un homme qui serait le vrai coupable: Philippe Cabot, de Barachois, en Gaspésie, mort en 1998. Nous avons rencontré sa fille, Micheline Cabot. Elle nous raconte qu’en 1991, elle était avec sa jeune sœur et son frère, Gabriel. Ce dernier aurait alors dit que c’était leur père qui avait tué les trois chasseurs américains. Gabriel est mort en 2006, sans avoir révélé son secret à la police. Pour l’instant, toute cette histoire est du ouï-dire et elle est non recevable en cour.

La sœur et le fils de Wilbert Coffin, Marie et James, se sont unis pour réhabiliter la mémoire de leur proche. La famille Coffin vend des calendriers et fait signer une pétition à Gaspé. L’argent recueilli est remis à l’Association in Defense of Wrongly Convicted (AIDWIC). La famille Coffin a demandé l’aide de cet organisme basé à Toronto. L’avocate Élizabeth Widner, de l’AIDWIC, explique que son association a un défi de taille: prouver que des erreurs graves ont été commises dans le déroulement du procès. L’association a déjà trouvé de nouveaux témoins à Gaspé.

James Coffin
La famille Coffin a aussi un appui politique, le député bloquiste Raynald Blais. Le combat pour la réhabilitation de Coffin se livre notamment à Ottawa. Une demande pour revoir la cause Coffin a été soumise au comité de révision des condamnations criminelles du ministère de la Justice. Ce comité doit déterminer s’il y a matière à rouvrir une enquête.







 [Un reportage de Solveig Miller et Jean-Louis Boudou]

 [Deuxième partie]

 [Troisième partie]

 [Quatrième partie]

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Compléments d'information sur l'affaire Coffin

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