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- La mort de l’autopsie -
Pourquoi fait-on de moins en moins d’autopsies au Québec? Aujourd’hui, seulement 6 % des personnes décédées subissent une autopsie. C’est trois fois moins qu’il y a 25 ans. Certains médecins regrettent qu’il en soit ainsi. D’autres, au contraire, estiment qu’il n’est plus nécessaire de faire tant d’autopsies, compte tenu de l’avancement technologique et de l’acuité toujours plus grande des diagnostics posés sur les patients avant leur mort. Une équipe d’Enjeux a cherché à comprendre le phénomène.

La mort mystérieuse de Paul Buisson

L’animateur et comédien Paul Buisson est mort en avril 2005 à l’hôpital dans des circonstances troublantes. Sa compagne de vie, Suzanne Aubin, nous raconte ce qui s’est passé. Aux prises avec de violents maux de ventre, Paul Buisson se rend à l’hôpital de Saint-Eustache. On lui diagnostique une pierre au rein. Comme il souffre beaucoup, on lui donne des doses massives d’un dérivé de morphine. La douleur finit par s’atténuer, et la situation semble sous contrôle. Le lendemain matin, l’homme est au plus mal. Sa compagne accourt à l’hôpital, et trouve son conjoint inconscient et incapable de respirer normalement. Une équipe médicale décide alors de l’intuber pour lui permettre de respirer. Après avoir tenté de le réanimer pendant deux heures, les médecins constatent le décès de leur patient.

Suzanne Aubin
Que s’est-il passé? Sur le coup, pressés de questions par Suzanne Aubin, les membres de l’équipe médicale avancent notamment l’hypothèse d’une embolie pulmonaire. La conjointe du comédien n’y croit pas et réclame une autopsie légale. Pour Suzanne Aubin, l’autopsie a mis en lumière des faits cruciaux dans l’histoire d’horreur qu’a connu son conjoint. Comme vous le verrez dans ce reportage, les conclusions de l’autopsie ont, entre autres, des répercussions sur les procédures en place à l’hôpital de Saint-Eustache.

Pour l’avocat Jean-Pierre Ménard, spécialisé en droit de la santé, le rapport d’autopsie est souvent la pierre angulaire dans les causes d’erreurs médicales. Et c’est un élément capital pour le recours collectif qu’il prépare au nom des victimes de la bactérie C. difficile. L’avocat explique que beaucoup de familles ont appris par l’autopsie – et non par l’hôpital - que leur proche avait succombé à la terrible bactérie.

De quoi souffre mon père?

Parfois, l’autopsie reste le seul moyen de savoir la vérité sur la condition d’un patient. John Marsillo en sait quelque chose. Son père a souffert pendant plusieurs années de la maladie d’Alzheimer, un mal héréditaire. Mais s’agissait-il vraiment de l’Alzheimer? Les médecins soupçonnent une autre maladie du cerveau. La seule façon de vérifier cette hypothèse est de faire une biopsie au cerveau, une fois le patient décédé.

Lorsque le père de John Marsillo est mort l’an dernier, la famille décide de faire une autopsie. L’examen révèle que le patient souffrait de la maladie de Picks, une forme de démence qui n’est pas héréditaire. Les descendants sont soulagés.

Une hernie ou une tumeur?

Louis Gaboury
L’autopsie est un des actes essentiels au bon fonctionnement du système de santé. Le pathologiste Louis Gaboury en est convaincu. Il croit que le diagnostic du médecin est une piste, un début. Pour comprendre vraiment, selon lui, il faut faire des autopsies. Des dizaines d’études lui donnent raison: dans 25 % des cas, on trouve des erreurs de diagnostic, et dans 1 cas sur 10, la vie du patient aurait pu être prolongée.

Selon le Dr Gaboury, bien des médecins ont des idées préconçues et croient qu’avec l’arrivée d’outils comme le tomographe, il n’est plus nécessaire de faire des autopsies. Ainsi, de moins en moins de médecins prennent la peine de demander une autopsie à la mort d’un patient. C’est une des raisons qui explique la chute dramatique du nombre d’autopsies au Québec. Une tendance difficile à freiner à cause de la grave pénurie de pathologistes.

Bassem Sawan

Le déclin de l’autopsie n’inquiète pas Bassem Sawan, pathologiste en chef au Centre hospitalier de l’Université de Sherbrooke. Le Dr Sawan y voit un outil lourd et coûteux. Il explique qu’il faut six ou sept heures pour faire un tel examen. Il ajoute que dans la grande majorité des cas, le médecin est capable de faire le diagnostic avant la mort, et non pas après. D’ailleurs, depuis son arrivée, le nombre d’autopsie a diminué de moitié dans cet hôpital.

À l’hôpital Royal Victoria, il n’est pas question de se passer des enseignements précieux que peut fournir l’autopsie. Chaque mois, des dizaines de médecins de l’hôpital se réunissent pour écouter un collègue exposer des cas rares ou intéressants. Selon Richard Fraser, pathologiste en chef à cet hôpital, il est important que les médecins sachent, grâce à l’autopsie, s’ils ont posé un bon diagnostic ou s’ils ont fait des erreurs. On fait d’ailleurs beaucoup plus d’autopsies au Royal Victoria que dans les autres hôpitaux.

Journaliste: Pasquale Turbide
Réalisatrice : Johanne Bonneau




 [Regarder le reportage]

 [La suite]

Hyperliens
Mort de Paul Buisson: une manoeuvre ratée mise en cause
Article de Radio-Canada.ca - 31 janvier 2007

The persistent value of the autopsy
Article publié dans la revue American Family Physician en juin 2004

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