ACCUEIL



REPORTAGES ARCHIVÉS



ÉQUIPE

RECHERCHE
 

Recherche par date ››


ARCHIVES
2001 à juin 2004


NOS COORDONNÉES



- La violence des ex -
En quittant un conjoint violent, les femmes croient mettre fin à la terreur. Mais, trop souvent, leur cauchemar ne fait que commencer. Plusieurs mailles dans le filet de protection qui les entoure permettent à leur ex-conjoint de continuer de les harceler, parfois pendant plusieurs années.

De 1991 à 2004, 66 femmes ont été assassinées par leur ex-conjoint au Québec. En 2004, près de la moitié de toutes les plaintes de violence conjugale reçues par les policiers concernaient des couples séparés. On parle de près de 6000 plaintes pour menaces, harcèlement, séquestration, voies de fait ou tentative de meurtre.

Une équipe d’Enjeux a voulu comprendre le phénomène. Nous avons rencontré, en prison, un ex-conjoint violent. Nous avons réussi à parler avec une femme qui a survécu à l’agression armée d’un « ex ». Nous avons recueilli les témoignages bouleversants de la famille d’une victime. Et nous avons discuté avec des experts en violence conjugale.

« Elle n’avait pas le droit de me quitter »

André
Son père battait sa mère. André a fait la même chose avec sa femme. Cette dernière a fini par le quitter. André, comme beaucoup d’ex-conjoints violents, a refusé de perdre sa femme: « On aurait dit que le monde venait de tomber autour de moi. […] À l’époque, c’était ma femme à moi, et il fallait qu’elle marche comme je le décide. Ce qui fait qu’elle n’avait pas le droit de me dire non […] et encore moins de partir. »

André fera tout pour la retrouver. Robert Ayotte, spécialiste en violence conjugale: « Ils peuvent très bien défoncer une porte, entrer, briser ou voler des choses. […] Parler à ses amis pour essayer de la faire changer d’idée. Il y a tellement de moyens qu’un conjoint violent peut prendre pour l’atteindre. Il peut aller excessivement loin. » Denise Tremblay, psychologue : « On va fragiliser aussi la victime dans la répétition. Passer 25 fois devant la maison, s’arranger pour que ce soit visible. ».

La peur, toujours là

Nous l’appellerons Suzanne. Cette jeune mère de famille, qui a survécu, il y a quelques années, à une agression armée de son « ex », a accepté de parler à la caméra.

Suzanne
Suzanne raconte que son ex-conjoint l’a assaillie une première fois devant les enfants, un mois après la rupture du couple. L’homme a été traduit en justice et libéré avec la promesse de ne pas communiquer avec Suzanne ou les enfants. Un mois plus tard, elle est prise en otage par son ex-conjoint pendant plusieurs heures. Il faudra l’intervention policière pour mettre fin à la séquestration. Même en prison, il continuera de la harceler.

Que se passera-t-il lorsqu’il sera libéré? Suzanne: « On se réveille la nuit avec des palpitations, on manque d’air. Et il ne faut pas que ça se reflète sur nos enfants. C’est ça qui peut être difficile parfois. »

Des familles éprouvées

On commence à peine à comprendre l’impact de cette violence sur les enfants du couple. Nous avons rencontré la famille de Ginette Desjardins, 45 ans, assassinée par son ex-mari en septembre 86 à Baie-Comeau. L’agresseur, Émilien Gagné, a été condamné à 15 ans de prison pour homicide involontaire, puis libéré après cinq ans.

Encore aujourd’hui, les enfants du couple, Anne et David Gagné, gardent une profonde cicatrice de la tragédie, même après 20 ans. Maryse, la sœur de la victime, est toujours émue lorsqu’elle parle de ce qui est arrivé. D’autant plus que, pour Maryse, l’horrible s’est reproduit dix ans plus tard, toujours à Baie-Comeau. Une de ses amies, Françoise Lirette, a été tuée par son ex-conjoint en septembre 1996.

Un drame qui aurait pu être évité

Maryse Desjardins
Ce jour-là, Françoise Lirette et son fils ont été assassinés par René Gaumont, qui s’est ensuite suicidé. On apprenait, peu après, que ce drame aurait pu être évité. C’est ce que croit le coroner Jacques Bérubé.

L’enquête du coroner révèle les nombreuses failles du système. Jacques Bérubé montre du doigt le système de santé. En 1996, René Gaumont avait visité à trois reprises l’hôpital de Baie-Comeau pour des problèmes psychiatriques. Il disait vouloir tuer sa femme et se suicider. En mai 96, il contacte le CLSC et profère les mêmes menaces. Personne n’est informé. Le coroner estime que la justice a aussi failli à sa tâche en laissant cet homme dangereux en liberté. L’homme, accusé de menaces de mort contre son ex-femme, a été libéré en attendant son procès. Le coroner s’en prend également à la police, qui aurait minimisé le danger que représentait René Gaumont.

Parmi les recommandations du coroner: mieux former les professionnels pour dépister les ex-conjoints violents, établir un service d’hébergement temporaire pour les hommes et éviter que les agresseurs ne soient remis en liberté conditionnelle trop rapidement.

Des efforts bien timides

Robert Ayotte
Dix ans après la publication de ce rapport, seules quelques recommandations ont été suivies. La loi sur la confidentialité a été modifiée, les policiers interviennent plus rapidement et des groupes d’aide pour les hommes violents ont vu le jour. Au Québec, on a encore du mal à protéger les victimes. Il y a bien un début de solution en Mauricie. Il s’agit d’un projet-pilote pour permettre une meilleure communication entre les différents intervenants en violence conjugale, sans la barrière de la confidentialité.

Il reste que les efforts semblent encore bien timides. Trop souvent laissés à eux-mêmes, les ex-conjoints violents continuent de commettre des crimes. Ainsi, seulement en 2004, sept femmes ont été assassinées par leur « ex ».

Journaliste: Pierre Marceau
Réalisateur: Pier Gagné




 [Regardez le reportage (1re partie)]

 [Regardez le reportage (2e partie)]

 [Regardez le reportage (3e partie)]

 [Regardez le reportage (4e partie)]

Hyperliens
Statistiques sur la violence conjugale au Québec pour 2004
Section du site du ministère québécois de la Sécurité publique

« Violence conjugale: comprendre l'inacceptable »
Article de l'Agence Science-Presse - 13 janvier 2006

Regroupement provincial des maisons d'hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale





Haut de la page


Error processing SSI file