Tracé de l'autoroute 30
Journaliste : André Bernard
Réalisatrice : Marie Eve Thibault
18 janvier 2004

La majorité des autoroutes au Québec traversent les terres agricoles. Les conflits entre le ministère des Transports et les agriculteurs sont nombreux. Cette fois-ci, pour le tronçon de l'autoroute 30, entre Candiac et Ste-Catherine sur la rive sud de Montréal, les producteurs pensaient y échapper parce que le ministère des Transports avait une autre option. Erreur. Aujourd'hui, le monde rurale se bat contre le monde urbain pour défendre ces hectares de terre.



Le prolongement de l'autoroute 30...

Si vous traversez les villes de banlieues, au sud ouest de Montréal, armez-vous de patience. La route est congestionnée le matin et le soir. Il y a des années qu'on promet de régler le problème de la route 132. D'éliminer les bouchons : un véritable frein au développement local.

Le 28 novembre 2003, Transports Québec annonce publiquement la fin du cauchemar. Le prolongement de l'autoroute 30 se fera.


Sur les terres agricoles...

Le tracé de la 30 divise le monde urbain et le monde rural.

Les besoins pour l'autoroute sont de 129 hectares, dont 99 sont en zone agricole et 30 en zone non agricole.

Les producteurs agricoles s'opposent contre cette autoroute qui menace de traverser leurs champs. Leurs terres sont excellentes, parmi les meilleures au Québec pour cultiver des céréales. Le seul défaut qu'elles ont, c'est qu'elles sont situées juste à côté de l'autoroute qu'on veut prolonger.

 

L'histoire de la 30...

Pour bien comprendre l'histoire de l'autoroute 30 il faut remonter aux années 60.

Le Québec est alors un chantier d'autoroutes. Chacune ayant sa vocation. La 30 sera LA voie de contournement au sud de l'île de Montréal. Surtout pour le trafic lourd.

Elle sera construite en petits segments. Souvent à coup de promesses électorales. Aujourd'hui 80% de l'autoroute est construite. Mais il y a des chaînons manquants. Dont celui entre Ste-Catherine et Candiac. Un peu moins de 10 kilomètres.

On a toujours projeté de la construire en zone urbaine, dans l'axe de la 132, au nord. Mais le printemps dernier, le gouvernement à Québec change. Le tracé de l'autoroute aussi. Elle passera désormais au sud, en milieu rural, en plein dans la zone agricole.

 

 

Le changement de cap...

Pourquoi changer de cap ainsi alors que les terrains, le long de la 132, sont expropriés depuis trente ans. La voie était libre.

C'est qu'aux yeux du gouvernement actuel, l'ancien tracé, une autoroute encavée avec des voies de services de chaque côté, est devenu trop complexe. Mais surtout, les commerçants et les résidents en milieu urbain n'en veulent pas.

En fait, 14 000 personnes ont signé une pétition pour s'y opposer. Trop de bruits et trop de pollution, inconvénients majeurs durant les travaux. Ils veulent l'autoroute au sud. Durant les audiences publiques du Ministère de l'environnement, les deux camps s'affrontent.

Au printemps 2002, le BAPE donne raison au milieu urbain. Deux routes valent mieux qu'une dit le BAPE. Une route en ville pour la circulation locale et une autoroute de contournement pour les poids lourds et la circulation de transit, en milieu rural.

Malgré la position du BAPE, en février 2003, le gouvernement péquiste donne raison au monde agricole et dépose un décret pour la construction de la 30 en milieu urbain.

Une victoire de courte durée pour le monde agricole.

 

Les libéraux au pouvoir...

En mars 2003, déclenchement des élections. Les candidats libéraux relancent le débat et font campagne pour le tracé au sud, dans les terres agricoles.

Le 14 avril c'est la victoire libérale.

Les plans et devis indiquent que le tracé nord, ne tient plus la route. Il coûte trop cher. Ce qui nous ramène à l'assemblée publique du 28 novembre dernier. Le ministère des Transports présentait donc son nouveau scénario. L'option nord, en milieu urbain avait disparu. L'autoroute se fera en zone agricole.

 

La résistance...

Même si la bataille semble perdue, malgré tout, des producteurs résistent.
Parce que remplacer les terres perdues est pratiquement impossible : les terres environnantes sont déjà occupées. Réduire la taille de la ferme n'est pas une option et l'argent de l'expropriation ne règlera pas tout.

Mais au-delà de l'argent, il y a une question plus fondamentale qui préoccupe les producteurs, c'est la défense même du territoire agricole. À court terme c'est environ 100 hectares de terres qui disparaissent mais à long terme, il pourrait s'en perdre quatre fois plus.

Longtemps, la perte des terres agricoles a été considérée comme le prix à payer pour le développement urbain. Aujourd'hui, les producteurs disent : il y a des limites au sacrifice.

À tort ou à raison, bien des producteurs agricoles dans la province ont le sentiment qu'une défaite, ici, a valeur de symbole. Qu'elle donne un signal. Qu'elle annonce d'autres échecs pour le monde agricole, ailleurs au Québec, dans les combats du même genre.




HYPERLIENS

Rapport du BAPE

Ministère des Transports

Commission de la protection du territoire agricole




 

La décision finale sur le tracé de l'autoroute 30 revient au conseil des Ministres qui doit modifier le décret sur la construction de ce segment de la 30. La décision sera prise d'ici quelques semaines tout au plus.

 

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