Dehors les bêtes !
Reporter : Eddy Verbeeck
Réalisateur : Jean-François Michaud
11 mai 2003

 


Imposition de bonnes pratiques

À la ferme Fernand Pelletier, pas question d'enfermer les vaches dans une grange six mois par année. Pendant la saison froide et pour une question d'économie, les animaux vivent dans un enclos d'hivernage.

Comme l'hivernage en extérieur est de plus en plus courant dans l'élevage, le gouvernement du Québec a imposé des normes. C'est que cette concentration d'animaux sur une surface réduite pendant six mois pose un problème de pollution. Ainsi, pour plus de 1 600 kilogrammes de phosphore par an par entreprise, il faut une fosse étanche pour recueillir le fumier. Et ça, ça coûte cher...

Pour offrir une alternative aux éleveurs, les ministères de l'Agriculture et de l'Environnement ont rédigé, il y a trois ans, le Guide des bonnes pratiques agroenvironnementales pour la gestion de fumier des bovins de boucherie.

Fernand Pelletier a suivi le guide. Sa ferme est blottie au creux des collines qui entourent la ville de La Tuque. «L'emplacement de l'enclos a été déterminé principalement par rapport au fait qu'il fallait être à 150 mètres de la rivière. On devait aussi avoir une pente de un à deux degrés dans le sens contraire de l'égouttement vers la rivière.» Fernand Pelletier, producteur

Dans un enclos d'hivernage, les mangeoires sont le plus haut possible sur le terrain. C'est là que s'accumulent les bouses et les urines. De l'enclos, les liquides polluants s'écoulent vers le bas, dans un fossé qui doit répartir les eaux sur la plus grande surface possible du champ de filtration.

Mais ce système est-il vraiment efficace?

Au Québec, il faut toutefois composer avec le choc printanier qui transfome le sol en véritable gadoue.

Le troupeau de Fernand Pelletier passe alors de l'enclos d'hiver à un plus petit espace, l'enclos de haute densité.


Recherche de fiabilité

La Fédération des producteurs de bovins a confié à l'Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) le mandat de mesurer le degré de pollution des eaux de ruissellement (l'eau des pluies et de la fonte des neiges) ainsi que l'eau de drainage (celle qui s'inflitre dans le sol).

Les chercheurs ont donc aménagé des enclos conformes au guide. À l'aide de capteurs, ils ont mesuré les différences de pollution en amont et en aval de la bande flitrante.

«L'eau a ruissellé sur la bande et s'est infiltrée dans le sol. En aval des bandes, on retrouve une efficacité qui varie entre 70% et 90%. On a donc atteint un certain degré de protection de l'environnement.» Roch Joncas, IRDA

Problème de gadoue

Au Québec, il faut toutefois composer avec le choc printanier qui transfome le sol en véritable gadoue. Le troupeau de Fernand Pelletier passe alors de l'enclos d'hiver à un plus petit espace, l'enclos de haute densité.

Dans cet enclos, on place une généreuse couche de litière sur du gravier ou du béton pour améliorer la portance. Les animaux y resteront le temps que le sol se désengorge, puis passeront aux pâturages pour l'été. On évite ainsi un bourbier dans l'enclos d'hivernage et une infiltration trop rapide des eaux de ruissellement. Cette chambre intersaison fait aussi partie du guide.

Quelques inquiétudes...

Une enquête de la Fédération indique que les programmes d'aide financière ne couvrent que 45% des dépenses d'aménagement, au lieu des 90% annoncés par le ministère de l'Agriculture du Québec.

Mais l'inquiétude vient surtout de l'étude de l'IRDA. Qu'arrivera-t-il si les bandes filtrantes proposées dans le guide ne suffisent pas? Pendant que les producteurs se demandent quel sera leur sort, des agronomes du MAPAQ et de l'environnement prêtent une oreille attentive aux résultats de l'IRDA.




HYPERLIENS

Ministère de l'Environnement du Québec

Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec

Bovins de boucherie

Fédération des producteurs de bovins du Québec

L'Institut de recherche et de développement en agroenvironnement
IRDA




Alain Juneau, un éleveur de Québec, aurait dû investir 40 000$ de sa poche pour garder le troupeau d'une soixantaine de vaches qu'il possédait.

Réduire son troupeau pour réduire la pollution! La solution pour qui consent à rester petit.

En passant de 60 à 48 vaches, Alain Juneau est passé sous les 1 600 kg. de phosphore par an. Il n'est donc plus obligé de se conformer au guide, ni de construire de fosses à purin.

Dans son cas, il est vrai, il y avait un autre motif derrière cette décision: pourquoi investir quand on n'a pas de relève?

 

Visionnez notre reportage «Dehors les bêtes!».