Les enfants rejetés

Un enfant, qu'est-ce donc ? Un morceau d'amour égaré, un miroir, une victime, un signe du temps en marche.
- Francis Bossus, Extrait de L'enfant et les hommes

 

Coups de pieds, remarques méchantes, vêtements déchirés, vols de petits objets personnels; imaginez votre enfant vivant jour après jour, semaine après semaine, dans la hantise d'aller à l'école et de rencontrer ses pairs. Imaginez-le rejeté de tous, totalement isolé, ostracisé, victime d'insultes sans cesse répétées, de coups aussi, jusqu'à ce que sa fragile estime en pleine formation soit pulvérisée comme une poupée de porcelaine.

 

À peu de choses près, il n'existe pas de pire cauchemar pour un parent. Et pourtant, les enfants rejetés par les autres ne sont pas rares. En fait, les chercheurs constatent que le phénomène est de plus en plus fréquent.

Témoignages de jeunes victimes à l'appui, Enjeux a voulu vous montrer de quoi était fait le quotidien infernal de ces enfants, et aussi tenter dans la mesure du possible d'expliquer ce phénomène.
Comment la société, les parents et le système scolaire réagissent-il, et finalement, quelles sont les conséquences à long terme de ces mauvais traitements sur les victimes; quel genre d'adultes deviennent-elles ?

Des cas

Dans ce reportage, vous rencontrerez plusieurs visages de ce désespoir. Parmi ceux-ci, le pianiste Alain Lefèvre, qui de l'âge de 6 à 14 ans, vécut l'enfer à l'école.

Musicien, doué, mais enfant frêle et d'origine française, Alain est devenu la cible des moqueries et insultes de ses camarades de classe. Malgré son talent, c'était un enfant exclu, battu, rejeté de tous.

 

Alain Lefèvre



« J'avais tellement peur d'aller à l'école, je ne dormais pas... j'avais de très grandes oreilles, tout le monde a rit, et le professeur a rit à son tour... j'ai tellement eu mal, j'ai tellement pleuré. J'ai voulu tuer ces petits gars-là. »

 

 

 

Les filles n'ont pas la vie plus facile à l'école, au contraire. En fait, selon plusieurs experts, la pression sociale de devoir être belle, bien habillée et à la mode complique encore les choses pour les écolières, bien que les mauvais traitements prennent parfois des formes plus subtiles, moins grossièrement physiques. La règle : il faut être comme les autres, s'intégrer à tout prix.

 

Cette dure leçon, Maryse Locat l'a apprise à un âge très tendre où le seul souci devrait être de se pencher sur ses devoirs. De 13 à 15 ans, en pleine adolescence, elle est devenue le souffre-douleur de sa classe. Sa mère, impuissante, a vu sa fille être détruite par la méchanceté. Des enfants ont même pendu sa bicyclette à un arbre. Le désespoir de Maryse a poussé celle-ci jusqu'aux tentatives de suicide.

 

 

Maryse Locat

 

« Je suis jugée d'avance, je dirais n'importe quoi, cela ne marcherait pas... Je veux disparaître... c'est mourir. »

 

 

« J'ai paniqué. »
(Mère de Maryse)

 

 

 

 

Dans de nombreux cas, ces enfants et leur famille se sont heurtés à l'indifférence d'un système scolaire qui aime mieux ne pas voir le problème. Certains parents sont allés jusqu'à poursuivre les établissements concernés.


Des données, et des conséquences...


Le martyre des enfants rejetés :

*Certaines études montrent qu'au Canada, un enfant se fait ainsi martyriser toutes les sept minutes.
*L'immense majorité de ces enfants souffrent en silence, n'avertissent pas même leurs parents.
*Ce n'est que dans quatre cas sur cent qu'un adulte est témoin de l'incident.
*De nombreux suicides sont causés par le rejet.
*Ces enfants apprennent très tôt la haine. Ils risquent de devenir à leur tour des agresseurs.

En Colombie-Britannique, une recherche récente montre qu'un tiers des suicides chez les jeunes peut être attribué au harcèlement par des pairs.

Lauren Woodhouse est psychologue et auteure. Elle se spécialise dans la question des enfants rejetés. Madame Woodhouse a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet et explique que ces victimes courent le risque de devenir à leur tour violentes; des meurtriers potentiels dans certains cas.

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Son ouvrage Shooter in the Sky se penche sur l'épidémie de violence dans les écoles nord-américaines.

 

 

 

Dans virtuellement tous les cas de meurtres commis par des enfants sur des enfants, les agresseurs avaient été victimes de rejet.

Les agressés deviennent eux-mêmes agresseurs

En Californie, en Alberta, au Colorado, les enfants prennent les armes. Comment la justice doit-elle traiter ces jeunes criminels ?

En Grande-Bretagne, l'État accorde tellement d'importance au phénomène du rejet qu'il a mis sur pied une politique de lutte contre le bullying.

Au Canada, peu de ressources sont disponibles pour aider les commissions scolaires à lutter contre le harcèlement des enfants. Comme l'indique la juge Andrée Ruffo, qui a croisé dans sa salle de tribunal bien des victimes de rejet devenues de jeunes délinquants, il faut, pour être efficace, une action concertée entre toutes les parties, ce dont on est encore très loin.

 

Votre enfant est-il à risque ?
Victime :
Les victimes de rejets sont souvent timides, souffrent d'un léger handicap ou de problèmes d'élocution. En bref, ces enfants sont légèrement différents.

Certains indices peuvent vous « mettre la puce à l'oreille » : vêtements déchirés, peur maladive d'aller à l'école, repli de l'enfant sur lui-même.

Agresseur :
Les enfants qui harcèlent viennent souvent d'un milieu familial violent. Ils souffrent parfois d'hyperactivité.

 

Le reportage

 

Hyperliens pertinents

Kidscape
Organisme britannique d'aide aux enfants rejetés

Anti-bullying network

Bullying on line

Childnet international

BC Council for families

Bullybeware.com

Safetogether.ca
Site lancé en mars dernier en Colombie-Britannique

Institut canadien de la santé infantile

Conseil de la famille et de l'enfance

Commission scolaire de Montréal

Parlons de l'intimidation
Site consacré au problème, lien avec Jeunesse, J'écoute

Châtelaine, article sur le sujet

Ressources :

Si ce reportage vous a troublé et si vous avez besoin d'aide, communiquez avec La ligne parents au (514) 288-5555 ou au 1-800-361-5085, ou avec Tel-Jeunes au (514) 288-2266 (Montréal) ou au 1-800-263-2266.

 

Ouvrages :

K. Sullivan, The Anti-Bullying Handbook
Oxford University Press, 2000

D. Olweus, Bullying in School : What We Know and What We Can Do, Blackwell Publishers, 1993

organisation :


Na'Amaat Montreal, (514) 484-0252
Une organisation juive à but non lucratif qui offre des sessions de lutte contre le bullying.

 

Définition du trouble de comportement par l'UNESCO : Conduite qui crée des difficultés au sujet ou à autrui.

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