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REPORTAGE  —  8 février 2004

 
Sources d'eau potable sous-marines

Près de la frontière qui sépare l'Italie et la France, le bleu de la mer dissimule un phénomène naturel étonnant : une source d'eau douce sous-marine. Cette source est si puissante qu'à elle seule, elle pourrait subvenir aux besoins quotidiens en eau potable d'une municipalité de 20 000 personnes. Mais comment en tirer profit? Comment recueillir sans la contaminer toute cette eau qui se perd depuis des millénaires dans les vagues de la Méditerranée? C'est le tour de force qu'à réussi, l'été dernier, une équipe de plongeurs français.

Journaliste: Normand Grondin
Réalisatrice: Jo-Ann Demers

Pendant 10 jours, à 36 mètres de profondeur, des plongeurs français ont assemblé pièce par pièce la première fontaine d'eau douce entièrement sous-marine. Un robinet géant qui va ramener chaque jour en surface des millions de litres d'eau potable. À la tête du projet : Pierre Decker, un géologue, spécialiste des travaux sous-marins et plongeur expérimenté. « Pour certains chantiers sous-marins, il m'arrivait de plonger et de voir de l'eau douce sortir de la mer. Je trouvais dommage de ne pas capter cette eau », explique-t-il. Pierre Decker a d'abord utilisé différentes technologies pour repérer des sources potentiellement intéressantes : sonar, cartographie marine, caméras infrarouges...

Il existe des dizaines de sources sous-marines autour du bassin de la Méditerranée. Les plus profondes se trouvent à 200 mètres sous le niveau de la mer. Pour sa grande première, Pierre Decker a choisi la source de La Mortola, à proximité de la municipalité italienne de Ventimille. Dans la région de Ventimille, comme dans toutes celles où l'on retrouve des sources sous-marines, les côtes sont constituées d'énormes massifs de calcaire. Le calcaire est une roche qui se fissure facilement. L'eau de pluie peut donc s'infiltrer et s'accumuler en grande quantité dans les massifs. Lorsque toutes les cavités sont pleines, la pression augmente et l'eau surgit plus bas. Parfois sous le niveau de la mer, comme c'est le cas à Ventimille. Comme l'eau douce est moins dense que l'eau salée, elle va ensuite remonter naturellement à la surface, sans trop se mélanger.

Le système mis au point par Nymphéa Water est relativement simple, mais il doit être assemblé avec une grande précision. La pièce principale, celle qui va recouvrir la source, c'est la tulipe. Elle fait 10 mètres de hauteur. Durant les opérations, les plongeurs sont assistés par un robot équipé d'une caméra et d'un bras mécanisé manœuvré depuis la surface. La tulipe est d'abord déposée au fond de la mer sur une base d'acier fixée à des blocs de béton. Il faut ancrer solidement l'équipement afin qu'il résiste aux marées et aux tempêtes. À plusieurs reprises, les plongeurs vont injecter un colorant dans les pièces d'équipement afin de vérifier s'il y a des fuites. Les sources sous-marines sont naturellement contaminées par de l'eau salée qui a réussi à s'infiltrer dans le plancher océanique. Lors du captage, il faut éviter à tout prix de créer de nouvelles infiltrations, sinon la source deviendra inutilisable. C'est la coupole, une demi-sphère en plexiglas installée au bout de la tulipe, qui protège le système contre l'eau salée. En injectant de l'air dans la coupole, on maintient une pression constante dans les tuyaux et on diminue les risques d'infiltration. L'air permet également de contrôler le débit naturel de la source, qui a tendance à augmenter durant les périodes de fortes pluies.

 

Les plongeurs posent ensuite le tuyau qui raccorde la tulipe à la fontaine. Le tuyau est plus long que nécessaire afin de donner une marge de manœuvre à la fontaine lorsque les vagues vont la déplacer brusquement.

Finalement, tout est prêt. Après les dernières vérifications, on ouvre les vannes. Sous l'effet de la pression, l'eau jaillit de la fontaine comme un geyser. Pierre Decker a réussi. Son équipe vient de capturer la première source d'eau douce sous-marine. Chaque seconde, la fontaine rejette 100 litres d'eau potable. C'est énorme. Et cette eau, filtrée par des kilomètres de massif rocheux, est d'une qualité irréprochable. On reliera bientôt la source à la municipalité à l'aide d'un pipeline de surface. Elle sera ensuite diluée dans l'aqueduc, puis utilisée pour l'agriculture ou pour la consommation humaine. Pierre Decker a également plusieurs projets de captage en chantier. Entre autres sur les côtes de l'Espagne, du Liban et de la Syrie, c'est-à-dire partout où l'eau douce est avant tout un bien de consommation aussi rare que précieux.

Pour en savoir plus :

 


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