Le 11 février 2001

Les phéromones humaines

Le 1er septembre dernier, des généticiens de l'Université Rockefeller annonçaient dans Nature Genetics la découverte d'un gène codant pour un récepteur de phéromones chez l'homme. Leurs travaux s'appuient essentiellement sur les résultats du projet Génome humain. Du coup, une polémique vieille de 20 ans rebondit. On commence à croire que oui, après tout, les humains sont sensibles aux phéromones, ces molécules chimiques inodores mais hautement influentes sur le comportement des animaux.

Le cerveau humain est un organe sophistiqué, l'aboutissement de l'évolution. C'est ce qui nous distingue des animaux. Et c'est ce qui nous permet, entre autres choses, de faire la cour, de séduire… Mais se pourrait-il que nos comportements en ce domaine soient gouvernés par la part animale qui reste en nous? Depuis longtemps, c'est une question qui intrigue les chercheurs.

Chez les animaux, on a identifié des molécules qui déclenchent des réactions fondamentales, comme l'agressivité, ou l'attirance sexuelle. Ce sont des phéromones. Chaque espèce émet une ou plusieurs phéromones différentes et les membres de cette espèce peuvent les percevoir parfois jusqu'à des kilomètres de distance. Contrairement aux odeurs, cette perception ne passe pas par le cerveau conscient - le cortex - elle est reliée au cerveau inconscient. Mais ces signaux chimiques sont très importants pour chaque espèce.

Chez l'homme, jusqu'ici, on n'a pas identifié de phéromones. Par contre, on a mis en évidence des phénomènes étonnants. Par exemple, on a remarqué que des femmes à qui on fait sentir des tissus imprégnés de sueur masculine semblent parfois trouver ces odeurs très attirantes. Mais est-ce que ce qu'on a vraiment affaire à des phéromones?

Pour le savoir, il y a quelques années, des biologistes sont descendus en exploration dans une cavité nasale. Ils ont testé la réponse de tous les types de cellules rencontrées à des substances chimiques qu'ils pensaient être des phéromones. Et là, ils ont découvert une toute petite zone - trois à quatre millimètres de long - où les cellules réagissent aux stimuli. Conclusion de nos explorateurs : c'est un organe voméro-nasal, comme chez les animaux.

Mais le bal des hypothèses est reparti de plus belle… Car tout cela ne prouve pas que ce minuscule organe soit fonctionnel. Il pourrait s'agir d'un vestige de l'évolution, incapable de percevoir quoi que ce soit. Il y avait donc des sceptiques. Mais tout récemment, l'équipe de Peter Monbaerts, de l'Université Rockefeller à New York, est entrée en scène.

Chez l'homme, dans son long ruban d'ADN, les chercheurs ont trouvé huit gènes bien spéciaux. Ces gènes codent pour la formation, à la surface de cellules, de ce qui ressemble exactement à des récepteurs de phéromones chez l'animal.

Par ailleurs, au moins un de ces gènes s'exprime, il est très actif dans la muqueuse olfactive humaine. Conclusion : il existe, chez l'humain, un système biologique fonctionnel, qui permet de percevoir des phéromones.

Il reste à savoir exactement quelle information chimique est relayée dans le cerveau, et par quel circuit. Et puis, il faudra évaluer l'importance réelle de ce système. Nous sommes peut-être inconsciemment sensibles à cette forme de communication. Mais il nous reste un gros cerveau, un énorme cortex, pour moduler les signaux qui nous viennent de l'animal en nous.

Journaliste : Jean-Pierre Rogel
Réalisatrice : Hélène Naud
Adaptation pour Internet : Jean-Charles Panneton