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Chaos dans les écosystèmes
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Par exemple, le merle d’Amérique, bien connu sous le nom de rouge-gorge américain. Il a fait son apparition dans le nord des Territoires du Nord-Ouest et en Alaska, là où les Inuits n’ont pas de nom pour lui. Ils ne l’avaient jamais vu auparavant.

De la forêt boréale à la toundra, en passant par la taïga, les tourbières et les environnements côtiers, le monde polaire estcomposé d’un nombre étonnant d’écosystèmes fascinants. Ils sont à risque, car la hausse de la température encourage aussi une plus grande mobilité vers le nord des espèces animales provenant du sud. Par exemple, le merle d’Amérique, bien connu sous le nom de rouge-gorge américain. Il a fait son apparition dans le nord des Territoires du Nord-Ouest et en Alaska, là où les Inuits n’ont pas de nom pour lui. Ils ne l’avaient jamais vu auparavant. C’est le cas avec d’autres espèces d’oies et de canards.

Dominique Berteaux est chercheur à l’Université du Québec à Rimouski et titulaire de la chaire de recherche du Canada en conservation des écosystèmes nordiques. Il a été témoin d’une histoire semblable lorsqu’il a mis les pieds pour la première fois, en 1999, sur l’île Bylot, au nord de la terre de Baffin, à l’intérieur du cercle polaire arctique. « Il y avait des renards roux, les mêmes qu'on voit à Montréal ou à Rimouski. Ils sont là-bas, vraiment dans le Nord. Ça, ça a été une surprise! Je ne pensais pas qu'ils pouvaient déjà être là-bas. »

Dans le territoire étudié par Dominique Berteaux, on voit surtout le renard arctique. En perpétuel mouvement, il harasse les grandes oies des neiges afin de voler leurs œufs, riches en protéines. Le renard roux se fait plutôt discret, enfin, pour l’instant! « Les deux espèces sont là. Le renard roux est subliminal, je dirais, mais si le climat – auquel le renard arctique est beaucoup mieux adapté – change, peut-être que le renard roux va prendre la place du renard arctique, et ça peut se faire très vite. Les invasions d'espèces se font souvent en deux étapes, d'abord une étape subliminale et puis, tout à coup, une explosion de population, un remplacement des espèces. » Cette variation brusque, les écologistes l’appellent le seuil. Quand on introduit des changements marqués dans un écosystème, comme c’est le cas avec une hausse de la température, on n’en voit pas tout de suite les conséquences écologiques. Puis, soudain, la rupture se fait, irréversible. « Le problème, c'est qu'on ne sait pas toujours où est ce seuil. C'est comme avancer près d'un précipice avec les yeux bandés. On ne tombe pas un peu plus à chaque pas, on va tomber tout d'un coup, mais on ne sait pas où est le précipice. Là, c'est un peu la même chose, on sait qu'à un moment donné, il va y avoir un remplacement des espèces, mais ça va se faire probablement tout d’un coup et on ne sait pas exactement quand. Après un réchauffement de un degré? De trois degrés? De six degrés? Pour l'instant, on ne le sait pas. »

Cette migration vers le nord affecte aussi les végétaux. À cause du réchauffement, auquel ils sont très sensibles, les arbres progressent vers le nord, de 6 kilomètres en moyenne tous les 10 ans. Avec, en tête, les épinettes. C’est ce qu’on appelle la ligne d’arbres. Comme des fantassins, elles prennent d’assaut la toundra. « En fait, la plupart des espèces ont des capacités de colonisation surprenantes. On peut chercher dans un endroit où il n’y a aucune épinette et peut-être qu’on va trouver des graines d'épinette, mais les conditions ne sont pas réunies pour que ces petites graines deviennent une forêt. Par contre, dès que les conditions deviennent favorables, cette grande capacité de colonisation se traduit par une colonisation réelle », précise Dominique Berteaux.

Curieusement, le réchauffement rend la vie difficile aux animaux, même pendant l’hiver. C’est vrai en particulier pour les grands troupeaux, qui ont à se déplacer sur de vastes territoires. « Si pendant l'hiver la température est plus haute qu'elle l’était dans les années passées, on peut avoir des épisodes où toute la toundra est glacée, alors, au lieu d'avoir un peu de neige qui se dépose là, c'est une croûte de glace. Les caribous, les bœufs musqués peuvent mourir en grand nombre parce qu'ils n’ont plus accès à leur nourriture », ajoute le chercheur. Gare aux espèces qui ne pourront faire face à ces turbulences soudaines!

Journaliste : Mario Masson     Réalisatrice : Jeannita Richard
Adaptation pour Internet : Karine Boucher et Caroline Paulhus
Correction : Josée Bilodeau

© Radio-Canada.ca 2003

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