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Chaos sur terre et sur mer
:: La hausse des températures ::

Au-delà des écureuils qui s’adaptent, des glaciers qui fondent et des communautés en péril, le réchauffement du Grand Nord prend de multiples autres formes. Les arbres meurent par millions, certains insectes deviennent des fléaux, la banquise arctique rapetisse et menace les ours polaires, les phoques et les morses, les côtes s’érodent, les constructions s’enfoncent dans le sol, des lacs apparaissent et d’autres disparaissent, les caribous ne trouvent plus assez à manger, les renards arctiques sont confrontés à leurs cousins du sud, la toundra s’assèche et les Inuits ne reconnaissent plus leur monde.

Le diagnostic est clair : le Grand Nord fait de la fièvre.

« Pour l’Arctique, ce qu’on peut dire, c’est que la plupart des régions sont devenues plus chaudes. Dans les trois dernières décennies, la température s’est élevée de deux à trois degrés Celsius. C’est considérable », soutient Gunther Weller. Professeur émérite en géophysique à l’université de l’Alaska à Fairbanks, spécialisé dans la climatologie des régions polaires, Gunther Weller a la tête dans les nuages depuis 40 ans, mais il garde les deux pieds fermement sur terre. « La différence entre un âge glaciaire et une période interglaciaire, comme celle que nous avons maintenant, n’est que de 6 ou 8 degrés Celsius. Vous descendez la température de 6 ou 8 degrés et vous avez un gigantesque manteau de glace qui couvre l’Arctique, l’Europe et l’Amérique du Nord. Au contraire, avec une hausse de 6 ou 8 degrés Celsius, les calottes polaires fondent et le niveau de la mer augmente de 100 mètres. » Selon Gunter Weller, l’influence de l’activité humaine dans le processus de changement climatique ne laisse aucun doute. Mais pour l’instant, ce qui l’intéresse, c’est la façon dont le réchauffement est en train de déstabiliser l’ensemble du monde polaire.

Ce transfert d’énergie entre le nord et le sud crée le désordre dans la météo de tout l’hémisphère. Résultat : des événements extrêmes de plus en plus fréquents, de plus en plus destructeurs.

La grande région circumpolaire, ce Grand Nord mythique, commence au 60e parallèle et compte, outre la partie supérieure du Canada, l’Alaska, la Sibérie, le nord de la Scandinavie et le Groenland. Elle englobe aussi l’océan Arctique, une mer peu connue. Bref, c’est un territoire gigantesque. Dans la pratique, cet univers de glace et de neige sert d’air conditionné à tout l’hémisphère Nord, mais le réchauffement commence à détraquer cette remarquable machine climatique. C’est un processus simple, mais imparable, qui commence souvent à l’échelle locale avant de s’amplifier. Tout commence avec la hausse de la température au niveau du sol. « Il se développe des masses d’air réchauffé au contact du sol, là où le soleil frappe. Cet air chaud monte, un système de nuages se forme, avec des orages, des éclairs, de la grêle et tous les autres phénomènes que l’on voit plus au sud, et non à ces hautes latitudes. Il est maintenant de plus en plus évident que l’isotherme, la ligne moyenne de la hausse de température, est en pleine progression vers le nord », a observé M. Weller.

Neige, pluie, grêle, brouillard... Quelles formes ces précipitations prendront-elles? À quelle période de l’année? En quelle quantité? Déjà, on a noté des pluies verglaçantes bien au nord du 60e parallèle. Là encore, c’est de l’inédit.

En fait, même le courant-jet est altéré. Ce vent très fort voyage d’ouest en est et sépare l’air froid du Nord canadien de l’air chaud qui provient du sud. C’est lui qui fait littéralement la pluie et le beau temps en Amérique du Nord, comme l’explique M. Weller. « En Alaska, le climat est beaucoup plus chaud parce que le courant-jet a une plus grande amplitude et qu’il pompe plus d’air chaud en provenance du Pacifique. » Ce transfert d’énergie entre le nord et le sud crée le désordre dans la météo de tout l’hémisphère. Résultat : des événements extrêmes de plus en plus fréquents, de plus en plus destructeurs. « Ces changements rapides nous inquiètent, ajoute-t-il. On peut s’adapter à des changements lents. Par exemple, on peut construire des murets pour protéger des installations côtières. Mais si les changements sont rapides, nous aurons des problèmes, parce que nous ne pourrons pas faire face à la situation. » Alors Gunther Weller reprend sa longue et patiente vigile à concocter des modèles de plus en plus sophistiqués, pour être en mesure de voir venir les coups.

Journaliste : Mario Masson     Réalisatrice : Jeannita Richard
Adaptation pour Internet : Karine Boucher et Caroline Paulhus
Correction : Josée Bilodeau

© Radio-Canada.ca 2003

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