Petite enquête sur le Kilauea
Sur la grande île d'Hawaï se trouve l'un des volcans les plus actifs au monde : le Kilauea. Il est en constante éruption depuis 1983, non pas par le sommet, mais par une cheminée latérale, appelée PU'U O'O. De 1983 à 1986, le PU'U O'O érige un cône qui devient une gigantesque baignoire pleine de lave bouillonnante. En 1986, une des parois s'effondre et le « lac » déverse son trop-plein. Une rivière de roche en fusion ruisselle alors sur les pentes du volcan. Au départ, la rivière de lave fait des arabesques à ciel ouvert, puis elle se cache des regards en coulant dans un long tunnel souterrain.

 

À quelques centaines de mètres de la côte, la rivière de lave revient à l'air libre. Un dialogue violent s'engage alors entre la roche en fusion et la mer. De cet affrontement sort un seul gagnant : la grande île d'Hawaï, qui agrandit ainsi son territoire peu à peu. Mais soudainement, après 13 ans et en l'espace d'une seule nuit, tout change.

Le 29 janvier 1997, vers 2 h, les aiguilles des sismographes s'affolent. Une série de petits tremblements de terre frappe le Kilauea. Pour savoir ce qui s'est passé, les experts doivent se rendre sur le terrain. C'est le travail de David Sherrod, volcanologue. Avant de s'attaquer au Kilauea, ce géologue a fait sa renommée en étudiant les volcans de l'Oregon. Piolet, casque, combinaison antichaleur, caméra... Le professeur Sherrod engouffre rapidement le tout dans son vieux sac à dos. Il faut faire vite!

 

Arrivé sur place, c'est la surprise la plus complète. Vu des airs, le PU'U O'O est vide! La rivière de lave a disparu. Pourtant, la veille, la lave montait pratiquement jusqu'au bord. De la présence du tunnel menant à la mer, on ne trouve qu'un seul signe encore visible : des marques blanches, que la chaleur intense a laissées à la surface de la roche. Quant au dialogue de la lave et de la mer, il se fait aujourd'hui très silencieux.

David Sherrod décide d'aller inspecter le terrain pour voir s'il abrite encore un peu de roche en fusion. Il marche sur le champ de lave refroidie avec prudence, car à tout moment, le sol peut s'affaisser. Arrivé près du tunnel, le professeur Sherrod donne un coup de pied pour voir si la roche tient bien. Une ouverture dans la voûte permet de jeter un coup d'œil à l'intérieur du tunnel : tout est noir, pas de lave, mais la chaleur y est encore infernale.

Grâce à un thermomètre placé dans l'ouverture, on mesure la température exacte dans le tunnel : 470 degrés Celsius. Très chaud, mais beaucoup moins que lorsque la lave coulait, à 1150 degrés Celsius. Il laisse le thermomètre pendre à l'intérieur du tunnel. Si la chaleur augmente, ce sera un signe que la lave est de retour.

 

Pour l'instant, une question demeure : où est donc passée la lave? Le professeur Sherrod a une explication : « Dans la région d'Hawaï, le sol est en constante expansion. Bien qu'il ne montre pas de ruptures évidentes, il est néanmoins affaibli. Le magma, qui exerce une pression par en dessous, peut alors ouvrir le sol et créer une nouvelle fissure. Il peut arriver que la lave soit drainée vers l'intérieur de la terre. C'est probablement ce qui est arrivé dans la nuit du 29 janvier : la lave est descendue dans les nouvelles crevasses apparues quand la croûte terrestre a pris de l'expansion. »

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