.   Adaptation pour Internet : Danielle Beaudoin

Émission du 19 décembre 2003

LE JOURNAL DE ZLATA

Zlata Filipovich avait 13 ans quand elle a réussi à quitter l'enfer de Sarajevo, grâce à l'intervention du gouvernement français. Pendant des mois, elle avait écrit dans son journal intime la chronique de la guerre civile dans son pays. Son journal de guerre a été traduit et vendu en millions d'exemplaires à travers le monde.

Journaliste Jean-François Lépine
Réalisateur : 
Georges Amar

 

Confidences à Mimi

Elle s'appelle Zlata Filipovitch. À 12 ans, comme beaucoup de petites filles, elle écrivait son journal. Elle racontait les joies de la vie quotidienne à un personnage fictif qu'elle nommait Mimi. Mais au printemps de 1992, la guerre est arrivée aux portes de Sarajevo et a fait irruption dans le journal de Zlata. Les préoccupations ordinaires ont alors disparu pour faire place à l'incompréhension, la colère et la peur de mourir. Zlata s'est mise à décrire quotidiennement son enfance volée par la guerre, comme Anne Frank. Elle redoutait la fin tragique de cette guerre.

« Dear Mimi, en politique, rien de neuf. On vote des résolutions et, pendant ce temps, nous mourons, nous gelons, nous disons adieu à nos amis. Je cherche tout le temps à comprendre cette connerie de politique. J'ai vraiment l'impression que c'est elle qui a provoqué la guerre. Pourquoi la politique nous rend-elle malheureux, pourquoi veut-elle nous séparer? Alors que tout seuls, nous savons qui est bon et qui ne l'est pas? »
- Extrait du journal de Zlata

Elle va vendre 1 million d'exemplaires de ce journal à travers le monde, qui sera traduit en 35 langues, et Universal Studio achètera les droits cinématographiques pour 1 million de dollars.

« Je regarde papa. Ce qu'il a maigri! Il a perdu 25 kilos. À le voir comme ça, j'ai l'impression que ça doit être plus encore. Maman aussi a bien maigri. La guerre a creusé des rides dans son visage. Mon Dieu! Qu'est-ce que cette guerre a fait à mes parents? Ils ne ressemblent plus à mon père et à ma mère. Est-ce que tout va s'arrêter un jour? »
- Extrait du journal de Zlata


On s'intéresse à l'histoire de Zlata

Zlata raconte qu'UNICEF voulait publier le journal d'un enfant de Sarajevo. Ils ont choisi le meilleur journal parmi les différentes écoles de la ville. C'était celui de Zlata.

La photographe Alexandra Boulat fait la découverte de Zlata. En reportage à Sarajevo, elle avait entendu parler du journal. Elle décide de faire des photos qui feront le tour du monde. Alexandra : « Je pense que les gens ont pu s'identifier à Zlata en voyant ces photos. Elle donnait un visage à cette guerre. »

De retour à Paris, Alexandra Boulat convainc une journaliste du Figaro Magazine, Christiane Rancet, d'écrire un article.

Christiane Rancet : « Elle habitait dans ce quartier, au pied de la colline où étaient les francs-tireurs. J'ai compris ce qu'ils devaient ressentir. C'était vraiment un piège. Sarajevo était en train de devenir un piège. On avait vraiment cette impression de trappe, avec des gens dans une tanière et qui ne pouvaient pas en sortir. […] Ces gens-là vivaient tous les jours, toutes les nuits sans savoir ni quand ça allait se terminer ni même si ça allait se terminer, sauf par la mort. Il faut avoir quand même une sacrée force d'âme pour le supporter et pour continuer de s'occuper de sa famille, de se préoccuper de sa grand-mère, d'essayer de faire des visites à ses amis, ce qu'elle a continué à faire. »

Son enfance volée

« La guerre va-t-elle prendre fin avec le premier jour d'automne? J'ai tellement été déçue par tous les cessez-le-feu et toutes les signatures d'accords précédents que je n'y crois pas. Non, je ne peux pas y croire, car aujourd'hui encore, un obus a coûté la vie à un petit garçon de 3 ans et blessé sa sœur et sa mère. Je sais aussi qu'il n'y a plus de place dans les cimetières et les parcs pour de nouvelles victimes. Peut-être pour cette raison, cette folie devrait cesser. »
- Extrait du journal de Zlata

Afin d'aider Zlata et ses parents, Alexandra Boulat et Christiane Rancet proposent le journal à l'éditeur français Bernard Fixot, qui, au départ, hésite à le publier, mais qui se lance finalement dans l'aventure. Alexandra retourne à Sarajevo voir Zlata et lui dit qu'un éditeur français veut publier son livre, et qu'en plus, il propose de la sortir de Sarajevo avec sa famille.

Le temps passe, la guerre s'enlise, Alexandra va la voir pour lui dire qu'on ne l'a pas oubliée. Zlata raconte qu'elle a rencontré Alexandra à plusieurs reprises et qu'elle se sent proche d'elle. Elle confie à son journal qu'on la compare à Anne Frank et qu'elle a peur de finir comme elle. Zlata : « J'ai lu le journal d'Anne Frank, et ça m'a beaucoup touchée. Je pensais que c'était horrifiant qu'une chose comme ça puisse arriver à une fille de 13,14,15 ans, qui était innocente, qui était juste née Juive, et ça a donné une définition à sa vie et à sa mort. »

Finalement, le 7 décembre 1993, presque deux ans après le début de la guerre, l'éditeur Bernard Fixot prévient Zlata que tout est prêt et qu'il va venir la chercher avec ses parents.

Zlata raconte qu'ils ont fait leurs bagages et distribué leur nourriture à tout le monde. Mais l'entreprise a échoué. Bernard Fixot avait pourtant eu l'autorisation d'aller à Sarajevo. Mais une fois en Italie, les militaires lui ont interdit l'accès à Sarajevo, pour des raisons de sécurité.

« Il n'y a plus d'arbres qui se réveillent, plus d'oiseaux. La guerre a tout détruit. Plus de cris d'enfants, plus de jeux. Les enfants ne semblent plus être des enfants. On leur a pris leur enfance. Et sans enfance, il n'y a pas d'enfants. J'ai l'impression que Sarajevo meurt lentement, disparaît. »
- Extrait du journal de Zlata

Sortir de la guerre

L'éditeur raconte que de retour à Paris, il a discuté avec une journaliste de FR3. Cette dernière lui a offert de parler de l'affaire au journal de 22 h 30 avec François Léotard, le ministre français des Armées. L'éditeur propose d'organiser un duplex avec Zlata à Sarajevo. Finalement, c'est lors de ce duplex que le ministre s'engage publiquement à la faire sortir, elle et sa famille, de Sarajevo, avec l'aide de l'ONU.

Zlata : « Le 23 décembre, on est partis. Je me sentais très coupable. Pourquoi moi? Je voulais partir, bien sûr, mais je pensais à tout le monde qui restait. Je pensais que mon grand-père aurait pu partir à ma place. Pourquoi moi et pas ma meilleure copine? Pourquoi moi et pas les enfants blessés qui étaient à l'hôpital? Ça m'a donné beaucoup de force de parler de ce que j'ai vécu en pensant à tous ceux qui sont restés, qui n'ont pas eu la chance de partir. »

Du jour au lendemain, Zlata devient une star, le monde entier se l'arrache. Elle entame une tournée en Europe, aux États-Unis, en Amérique du Sud et au Canada, où elle participe à l'émission Le Point. Elle veut sensibiliser le monde aux résultats cruels de la guerre, et rappeler que d'autres enfants sont coincés à Sarajevo. La guerre en Bosnie va durer encore deux ans. Bernard Fixot : « Je crois que l'attitude américaine vis-à-vis de la Bosnie a changé avec Zlata. Ils avaient décidé - Clinton avait décidé - de recevoir Zlata comme ça, 10 minutes. Les sénateurs sont finalement restés 2 heures avec elle. »

Elle passera deux années à Paris avant d'aller s'établir à Dublin, en Irlande, avec ses parents. Aujourd'hui, à 22 ans, après des études universitaires à Oxford, elle rédige un mémoire de maîtrise en relations internationales, sur la question de la paix dans le monde. Les revenus tirés de la vente de son livre l'ont bien aidée, ainsi que sa famille, sans oublier sa grand-mère, toujours à Sarajevo. Elle a aussi pu, grâce à ces revenus, étudier dans de bonnes écoles.

« Je n'y pense pas tout le temps, mais quand je pense à cette guerre, ça me rend triste. […] J'ai noté une chose intéressante, depuis que je suis sortie de la guerre, je ne rêve pas beaucoup. […] Quand on a 11,12,13 ans, on ne peut pas s'apercevoir comment c'est vraiment difficile. Mais quand on a 22 ans et qu'on regarde cette période, c'est là qu'on s'aperçoit que c'était vraiment très très dur. »
- Zlata



En raison des droits d'auteur, ce reportage ne sera pas disponible sur Internet.


POUR EN SAVOIR PLUS

Les dossiers de Radio-Canada.ca :

La tragédie yougoslave
Dossier de Radio-Canada.ca sur la guerre civile qui a provoqué l'éclatement de la République fédérative socialiste de Yougoslavie en 1991.

Slobodan Milosevic devant le Tribunal pénal international
Dossier de Radio-Canada.ca sur l'ancien dirigeant yougoslave, qui fait face à la justice internationale.

Des livres :

Filipovich, Zlata. Le Journal de Zlata. Éditions Robert Laffont, Paris, 1993.

Boulat, Alexandra. Éclats de guerre. Éditions des Syrtes, Paris, 2002.

 

L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h.

Elle sera présentée en rediffusion dans le cadre de l'émission Place publique, le jeudi à 12 h 30, et sera alors enrichie par des commentaires et des discussions en direct. En outre, on répondra à des questions des téléspectateurs soulevées par l'émission.

L'émission est aussi rediffusée intégralement sur les ondes de RDI le dimanche à 20 h et le lundi à 1 h.

 

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